Le Questionnaire de Facteurs de Risque (QFR) contient des renseignements épidémiologiques sur l’enfant et sa famille. Brièvement, ce questionnaire contient 4 sections correspondant chacune à un membre de la famille. La section 1 comprend les renseignements sur l’enfant porteur de TDAH, la section 2 correspond à l’enfant étudié s’il est sans TDAH, la section 3 prend les renseignements sur la fratrie et la section 4 sur les parents. Les informations portent sur le diagnostic, les comorbidités, la médication et les performances scolaires de l’enfant. Les circonstances périnatales (grossesse et accouchement) sont également évaluées. Les parents fournissent des informations sur leur niveau d’éducation, leur statut marital, leur profil socio-économique, leurs difficultés d’apprentissage, leurs troubles psychiatriques, leur consommation de substances licites et illicites et leur médication. La procédure est détaillée dans
Lecomte & Poissant (2006) et
Poissant & Lecomte (2007).
Ce questionnaire a été distribué aux parents via des associations de parents d’enfants avec un TDAH, dans les milieux clinique et scolaire, principalement de la région montréalaise. Sur une base volontaire, un ou les deux parents remplissait le questionnaire seul à leur domicile. Seule la section 4 du questionnaire était remplie par les deux parents séparément. Les trois autres sections pouvaient être remplies par les deux parents ensemble. Les trois sous-types de diagnostic de TDAH (trouble de l’inattention-TDA, trouble de l’hyperactivité-TDH et trouble mixte-TDAH) ont été considérés comme étant exclusifs. Par exemple, un enfant identifié comme TDA et TDH était considéré comme TDAH. Le QFR a été rempli par 177 répondants pour 138 enfants. Parmi les parents répondants, 40 avaient des enfants contrôles, 137 avaient des enfants avec un TDAH. Par souci de concision mais sans supposer de diagnostic chez les parents, nous nommerons par la suite les parents (pères et mères) d’enfants avec un TDAH: parents TDAH et les parents d’enfants contrôles: parents contrôles.
Profil des parents et des enfants
La majorité des parents étaient biologiques, excepté 3 mères et 3 pères non biologiques. Les données concernant les enfants (scolarité, comorbidités, etc.) de parents non biologiques ont été conservées pour des analyses statistiques séparées concernant les enfants seulement. En revanche, les données concernant les parents non biologiques ont été supprimées des analyses séparées portant sur les parents seulement. L’âge moyen des parents biologiques était de 39 ans et 3 mois. Au total, cent trente-huit enfants ont été étudiés (34 enfants contrôles: 104 enfants avec un TDAH). Le groupe contrôle incluait 18 garçons et 16 filles alors que le groupe TDAH comprenait 88 garçons et 16 filles. Ce rapport d’environ 5 garçons pour une fille corrobore les données épidémiologiques sur le TDAH (
Arnold, 1996). L’âge des enfants était équivalent entre les deux groupes, soit 10 ans et 2 mois en moyenne (10:2). Le diagnostic de TDAH chez les enfants a été posé par un personnel clinique. Parmi la population TDAH, 67% souffrait d’un TDAH et 33% d’un TDA uniquement. Le méthylphénidate était prescrit chez 83,6% des enfants diagnostiqués. Voir le .
| Tableau 1.Caractéristiques démographiques et socio-économiques des cohortes TDAH et contrôles |
Analyses statistiques
Les analyses de différences de moyennes et d’association de variables ont été effectuées à l’aide du logiciel SPSS 18.0 (
http://www-01.ibm.com/software/analytics/spss/). Des tests de Student unilatéraux ont permis d’évaluer les différences entre les groupes, de corroborer le diagnostic et les troubles associés. Des tests Chi-Carrés ont mis en avant les relations entre le TDAH et les facteurs de risque.
Profil socio-économique
Le revenu familial des familles TDAH était significativement plus élevé que celui des familles contrôles mais le niveau d’éducation des parents des deux groupes était équivalent. Plus de la moitié des parents interrogés avaient un diplôme collégial ou universitaire. La majorité des parents vivait en couple et les familles TDAH comportaient significativement plus d’enfants que les familles contrôles (). Le rapport entre le revenu familial et le nombre d’enfants était équivalent entre les deux groupes suggérant un profil socio-économique similaire pour les deux cohortes.
Performances scolaires des enfants
Les résultats sur les performances scolaires sont présentés dans le . Les enfants avaient un niveau de scolarité entre la maternelle et le secondaire 3 (moyenne=primaire 4) qui était équivalent entre les deux groupes (t(136) = −0,48, p=0,63). Cependant, le rendement scolaire général différait. En effet, les enfants avec un TDAH étaient plus nombreux à être sous la moyenne concernant la lecture, l’expression écrite et la calligraphie et différaient marginalement des enfants contrôles dans leurs capacités mathématiques. De plus, 27% des enfants avec un TDAH avaient redoublé au primaire, les différenciant du groupe contrôle (χ2 (1, N = 138) = 9,3, p<0,01). Enfin, 20% des enfants avec un TDAH fréquentait une classe spéciale contre 3% des enfants contrôles (χ2 (1, N = 138)= 5,27, p<0,02).
| Tableau 2.Niveaux de performance scolaire des enfants avec TDAH et des enfants contrôles |
Comorbidités chez les enfants
Le QFR permet de rapporter plusieurs types de comorbidités possiblement présentes avec un TDAH, tels que le trouble anxieux (TAX), le trouble des conduites (TC), la dépression, le trouble d’apprentissage (TA), les phobies, le trouble oppositionnel (TO), le trouble bipolaire, le syndrome de Gilles de la Tourette et le trouble obsessionnel compulsif (TOC). Parmi ces troubles, le TA, le TO, le TC et le TAX étaient significativement plus présents chez les enfants avec un TDAH par rapport aux enfants contrôles () (TA: χ2 (1, N = 137) = 19,03, p<0,001, TO: χ2 (3, N = 137) = 8,03, p<0,01, TC: χ2 (1, N = 137) = 9,08, p<0,01, TAX: χ2 (1, N = 137) = 6,65, p<0,01). Les autres troubles étaient absents ou très rares chez les deux populations et ne permettaient donc pas différencier les groupes. Voir la .
Des analyses de régression logistique pas à pas conditionnelle ont été effectuées dans le but de mesurer l’effet possible de la variable du sexe sur la présence de comorbidités. Les résultats révèlent que seul le TC peut être prédit par la variable sexe. En plus du diagnostic de TDAH, le fait d’être un garçon influait sur la présence d’un TC. Toutefois, la présence des autres troubles comorbides soit, le TA, le TO et le TAX n’était pas influencée par la variable du sexe. Le diagnostic de TDAH était dans tous les cas un prédicteur prépondérant des quatre troubles comorbides. Voir le .
| Tableau 3.P-valeurs des tests obtenus lors des régressions logistiques prédisant la présence de comorbidités |
Circonstances périnatales
La durée de la grossesse était en moyenne de 41 semaines pour les deux groupes. Les complications durant la grossesse n’étaient pas plus associées au groupe TDAH qu’au groupe contrôle (χ2 (1, N = 120) = 0,1, p=0,92). La majorité des mères (73%) ont rapporté avoir eu au moins une complication durant la grossesse (gain de poids, saignements). La consommation de substance durant la grossesse n’était pas non plus associée à un groupe spécifique. Parmi l’ensemble des mères, 36% ont consommé de l’alcool entre une et dix fois par mois durant leur grossesse. Un tiers des mères contrôles et TDAH fumaient pendant leur grossesse, dont la moitié fumaient tous les jours. Les autres substances telles que les médicaments ou les drogues étaient rarement évoquées. La majorité des mères (78%) ont accouché de manière naturelle. Le nombre de complications à l’accouchement n’a pas non plus permis de distinguer les deux groupes (χ2 (1, N = 120) = 0,1, p=0,75).
Facteurs de risque chez les parents
Les troubles psychiatriques étudiés chez les parents étaient les suivants: trouble anxieux (TAX), trouble des conduites (TC), dépression, TDAH, TDA, TDH, phobies, trouble bipolaire, trouble obsessif-compulsif (TOC), trouble délirant, dépendance à l’alcool et dépendance aux drogues. Afin de contrer la possibilité que les parents n’aient pas reçu de diagnostic de manière formelle, un ensemble de facteurs d’adversité était aussi considéré. Ainsi, nous avons étudié les difficultés d’apprentissage scolaire (lecture, calcul, élocution, comportement, agitation excessive, redoublement), les circonstances stressantes de la vie (antécédents judiciaires, difficultés conjugales, hospitalisations, isolement social, déménagements, violences conjugales, accidents de la route) et la prise de médicaments (ISRS, antidépresseurs tricycliques, anxiolytiques, bupropion, psychostimulants, tranquillisants majeurs, thymorégulateurs, inhibiteurs de monoamine oxydase (IMAO)). Étant donné la forte prévalence du TDAH rapportée chez les garçons et la composante génétique du trouble, il a été décidé de regarder les profils des pères biologiques et ceux des mères biologiques séparément. Les résultats sont présentés dans le .
| Tableau 4.Fréquences (pourcentages) des troubles psychiatriques et des facteurs d’adversité parmi les pères et les mères d’enfants TDAH et d’enfants contrôles: comparaisons père-père (autres...) |
Troubles psychiatriques et facteurs d’adversité chez les pères biologiques
Les pères biologiques étaient âgés en moyenne de 42 ans et 2 mois (ET = 5,7). Dix pourcents des pères TDAH ont rapporté avoir le même trouble que leur enfant. Le trouble était associé à un TC pour la moitié d’entre eux. Environ trois fois plus de ces pères ont rapporté avoir eu au moins un trouble psychiatrique par rapport aux pères contrôles, mais cette différence n’a pas atteint un seuil de signification ni sur les troubles psychiatriques pris séparément ni sur le cumul des troubles (voir le ).
Environ le double des pères TDAH, soit 40%, ont rapporté avoir eu des difficultés d’apprentissage lors de leur scolarité. Aussi, le cumul de ces difficultés s’est avéré distinguer marginalement les deux groupes de pères (mais prises séparément, les difficultés d’apprentissage n’étaient pas significativement plus associées à l’un ou l’autre groupe de pères). Les circonstances stressantes de la vie étaient peu rapportées (62% n’en rapportaient aucune) et ne permettaient pas de distinguer les groupes. Enfin, l’usage des médicaments était deux fois plus fréquent chez les pères contrôles que chez les pères TDAH, mais sans atteindre un seuil de signification. Voir le .
Troubles psychiatriques et facteurs d’adversité chez les mères biologiques
Les mères biologiques avaient en moyenne 38 ans et 6 mois (ET = 5,7). Les mères TDAH ont rapporté avoir eu davantage de troubles psychiatriques que celles contrôles (54% TDAH: 41% contrôle) sans toutefois atteindre un seuil de signification. Cependant, en considérant chaque trouble psychiatrique séparément, la dépression et le trouble anxieux de manière marginale, se sont révélés plus présents chez les mères TDAH que chez les mères contrôles (). Les mères TDAH ont aussi rapporté avoir plus d’agitation excessive et, de manière marginale, plus de difficultés de comportement durant leur scolarité que les mères contrôles. Au niveau des circonstances stressantes, les accidents de la route, l’isolement social et les autres difficultés telles que des problèmes de santé ou financiers se sont avérés plus fréquents chez les mères TDAH que chez les mères contrôles. À l’inverse, la dépendance aux drogues illicites et les antécédents judiciaires étaient plus associés aux mères contrôles qu’aux mères TDAH. Voir le .
Enfin, nous avons observé que l’usage des médicaments était plus important chez les mères TDAH que chez les mères contrôles, soit 47% versus 22%, (t (118) = 2,14; p<0,04). De surcroît, les mères TDAH consommaient plus particulièrement deux types de médicament, les ISRS et le bupropion, comparativement aux mères contrôles (t(118) = 2,72, p<0,008; t(92) = 2.94, p<0,001 avec un test de Levene sur l’égalité des variances F = 12.8, p<0,001 respectivement). Voir la .