PMCCPMCCPMCC

Search tips
Search criteria 

Advanced

 
Logo of cjhpAboutRegisterLog inSearchCJHP OnlineCJHP Online
 
Can J Hosp Pharm. 2010 Nov-Dec; 63(6): 410–411.
PMCID: PMC3004697

La transition de l’hôpital à la maison : les interventions des pharmaciens peuvent-elles améliorer les résultats pour les patients?

Lalitha Raman-Wilms, B. Sc. (Phm.), Pharm. D., FCSHP, Professeure agrégée et directrice

Dans une étude de 2004 menée au Canada, Forster et ses collaborateurs1 ont noté que plus d’un patient sur cinq ayant reçu leur congé d’un service de médecine générale pour retourner à la maison avait éprouvé un événement indésirable et que 72 % de ces événements indésirables étaient liés aux médicaments. D’autres auteurs ont signalé des résultats similaires, les événements indésirables liés aux médicaments étant courants dans le mois suivant le congé de l’hôpital2. Dans une récente étude canadienne de petite envergure3, 77 % des patients ayant reçu leur congé d’un établissement de soins de courte durée avaient présenté au moins un problème pharmacothérapeutique dans les deux semaines suivant leur congé, et ces problèmes étaient liés à une lacune dans le transfert de l’information liée aux médicaments. Les auteurs de beaucoup de ces études ont suggéré qu’un suivi serré dans les premières semaines suivant le congé pourrait prévenir de tels événements indésirables liés aux médicaments, améliorer les résultats pour les patients et minimiser l’utilisation des ressources en soins de santé.

Intuitivement, il semble que les patients pourraient bénéficier des soins d’un pharmacien durant cette période de transition. Dans ce numéro du Journal, Flanagan et ses collaborateurs4 décrivent un programme clinique qui a permis aux patients âgés de recevoir des services de gestion des médicaments à leur domicile après avoir obtenu leur congé de l’hôpital, et qui a économisé des ressources en services de santé dans l’année suivante. Bien que de nombreuses études aient fait état des résultats positifs de la prestation des services des pharmaciens à domicile, un nombre encore plus grand ont révélé le contraire, y compris des essais cliniques à répartition aléatoire5 dont les résultats ont montré une augmentation des hospitalisations chez les patients ayant reçu de tels services à domicile. L’une des explications pour ces résultats serait une plus grande sensibilisation de ces patients aux problèmes de santé, qui entraînerait l’utilisation de plus de ressources5, mais d’autres éléments doivent être considérés.

Les facteurs pouvant être à la base de ces résultats contradictoires sont notamment le type d’intervention étudié, les compétences du pharmacien et la prestation des soins dans un contexte interdisciplinaire ou non.

Les études menées sur les services de pharmacie clinique dans le contexte des soins à domicile ont été publiées sur une période de plus de 30 ans. Durant cette période, le rôle du pharmacien a considérablement changé. La documentation plus ancienne reflète le rôle du pharmacien comme celui d’un consultant au sein d’agences de soins à domicile établies. Le pharmacien ne travaillait pas souvent alors directement auprès du patient, mais fournissait plutôt de l’information à l’équipe soignante à domicile, et plus particulièrement des conseils sur les médicaments à l’intention des patients. Plus récemment, les services des pharmaciens ont consisté en un prolongement des soins primaires, distincts d’autres services que le patient pouvait recevoir, s’attardant plus particulièrement à l’analyse du profil médicamenteux. Conséquemment à ce changement dans le temps, les études reflètent donc l’hétérogénéité des interventions des pharmaciens, rendant ainsi la comparaison des résultats difficile.

Une évaluation d’essais cliniques à répartition aléatoire sur la participation des pharmaciens à des programmes de soins à domicile a révélé une différence significative dans le nombre de problèmes pharmacothérapeutiques mis au jour et les résultats thérapeutiques particuliers à une maladie entre le groupe intervention et le groupe témoin, avec quelques études montrant une diminution des taux d’hospitalisation6. D’autres études ont montré que les interventions portant principalement sur l’éducation des patients et l’observance thérapeutique n’avaient pas d’incidence sur les résultats thérapeutiques, comme les taux de réhospitalisation. En revanche, les interventions qui comportaient un service complet de gestion des médicaments7, semblable à celui décrit par Flanagan et ses collaborateurs4, ont mené à des résultats positifs pour les patients. Les études et les analyses plus anciennes ont utilisé une définition relativement large du terme « gestion des médicaments »6, mais ce terme est plus clairement défini aujourd’hui. Une description plus cohérente des interventions et une définition commune de la gestion des médicaments fourniront une meilleure base aux évaluations et aux comparaisons des résultats pour les patients et des coûts.

Un deuxième facteur dont il faut tenir compte est la différence dans les compétences des pharmaciens qui prodiguent les soins, certaines études ayant procuré une formation avancée et d’autres pas. Par exemple, le programme Home Medicines Review financé par le gouvernement australien8, offert aux patients qui sont adressés par un médecin, fait appel à un pharmacien agréé qui effectue une évaluation des médicaments pour optimiser le traitement médicamenteux du patient. Cette évaluation comprend une discussion formelle du plan de traitement avec le médecin et le patient, la mise en œuvre du plan ainsi que la surveillance et le suivi. De façon semblable aux pharmaciens agréés ou d’expérience qui ont suivi un programme d’enseignement ou un examen particulier, les pharmaciens qui travaillent en milieu hospitalier suivent souvent une formation spécialisée, habituellement par le truchement d’un programme de résidence officiel. Plus récemment, l’expérience des pharmaciens travaillant dans le milieu des soins primaires a mis en lumière l’importance d’un ensemble unique de compétences nécessaires à la prestation efficace des soins aux patients dans ce contexte. L’analyse de ces expériences a mené à la création du programme ADAPT pour les pharmaciens (Adapting Pharmacist Skills and Approaches to Maximize Patients’ Drug Therapy Effectiveness)9. De la même façon, les pharmaciens pourraient avoir besoin de formation spécialisée s’ils doivent prodiguer des soins à domicile efficaces aux patients.

L’un des catalyseurs facilitant la prestation des services des pharmaciens à domicile, souvent cité dans la littérature, est la relation efficace entre le médecin et le pharmacien, de même qu’entre le patient et le pharmacien7. Les conclusions de diverses études montrent que les soins en collaboration avec d’autres membres de l’équipe soignante (souvent un médecin qui travaille en étroite collaboration avec un pharmacien, une infirmière ou un infirmier) se traduisent par de meilleurs résultats pour les patients que si ces soins étaient prodigués de façon individuelle10. Cela souligne l’importance de travailler en collaboration avec à la fois le patient et son équipe soignante, car une communication et une collaboration efficaces entre le pharmacien et les autres membres de l’équipe interprofessionnelle sont un élément clé à l’obtention de résultats optimaux pour les patients.

Dans leur description du programme de gestion des médicaments, Flanagan et ses collaborateurs4 soulignent l’importance pour le pharmacien de prodiguer des soins aux patients à domicile peu après le congé de l’hôpital. Le problème des événements indésirables posthospitalisation peut être amplifié chez les patients âgés qui présentent typiquement plus de comorbidités et qui prennent beaucoup plus de médicaments que les patients plus jeunes. Compte tenu du vieillissement de la population canadienne, l’importance de mettre sur pied de tels programmes pour les patients âgés qui sont retournés chez eux après une hospitalisation et le rôle de ces programmes pour réduire au minimum les événements indésirables liés aux médicaments et les réhospitalisations ne pourront que croître.

Afin d’obtenir de meilleurs résultats pour les patients et un meilleur rendement de l’investissement, il faut des interventions bien définies (y compris un programme complet de gestion des médicaments), des compétences précises permettant de prodiguer des soins à domicile ainsi qu’une collaboration et une communication étroites avec les patients, les médecins et les autres membres de l’équipe soignante.

[Traduction par l’éditeur]

Références

1. Forster AJ, Clark HJ, Menard A, Dupuis N, Chernish R, Chandok N, et al. Adverse events among medical patients after discharge from hospital. CMAJ. 2004;170(3):345–349. [PMC free article] [PubMed]
2. Gray SL, Mahoney JE, Blough DK. Adverse drug events in elderly patients receiving home health services following hospital discharge. Ann Pharmacother. 1999;33(11):1147–1153. [PubMed]
3. Cameron K, Siu V, Marr P, Hamandi B, Fernandes O. Post-hospital discharge: medication discrepancies and drug therapy problems in primary care [abstract] Can J Hosp Pharm. 2010;63(1):72.
4. Flanagan P, Virani A, Baker W, Roelants H. Pharmacists making house calls: Innovative role or overkill? Can J Hosp Pharm. 2010;63(6):412–419. [PMC free article] [PubMed]
5. Holland R, Lenaghan E, Harvey I, Smith R, Shepstone L, Lipp A, et al. Does home based medication review keep older people out of hospital? The HOMER randomised controlled trial. BMJ. 2005;330(7486):293. [PMC free article] [PubMed]
6. MacKeigan LD, Nissen LM. Clinical pharmacy services in the home. Dis Manage Health Outcomes. 2008;16(4):227–244.
7. Pellegrino AN, Martin MT, Tilton JJ, Touchette DR. Medication therapy management services — definitions and outcomes. Drugs. 2009;69(4):393–406. [PubMed]
8. Home medicines review (HMR) Adelaide: Australian Government, Medicare Australia; [mise à jour 2 septembre 2010]. Publié au : www.medicareaustralia.gov.au/provider/pbs/fourth-agreement/hmr.jsp. Consulté le 9 septembre 2010.
9. CPhA–CSHP Primary Care Pharmacy Specialty Network. ADAPT: adapting pharmacists’ skills and approaches to maximize patients’ drug therapy effectiveness. Ottawa (ON): Association des pharmaciens du Canada et Société canadienne des pharmaciens d’hôpitaux; Publié au : www.cshp.ca/productsServices/eob/546/Adapt.pdf. Consulté le 9 september 2010.
10. Walsh JM, McDonald KM, Shojania KG, Sundaram V, Nayak S, Lewis R, et al. Quality improvement strategies for hypertension management: a systematic review. Med Care. 2006;44(7):646–657. [PubMed]

Articles from The Canadian Journal of Hospital Pharmacy are provided here courtesy of Canadian Society Of Hospital Pharmacists