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Can Fam Physician. 2010 décembre; 56(12): e415–e417.
French.
PMCID: PMC3001948

Les stéroïdes comme adjuvants pour soulager la douleur

Melissa Vyvey, MD MPhil

M. C est un homme de 80 ans, marié, à la posture droite et à l’esprit vif. Il y a 10 ans, on lui a diagnostiqué une tumeur pancréatique carcinoïde et il a subi une intervention de Whipple. Depuis, ses symptômes sont sous contrôle grâce à une chimiothérapie intermittente malgré la présence connue de multiples métastases rachidiennes et au foie.

Il y a un an, M. C a commencé à souffrir de douleurs aux os attribuables à sa maladie rachidienne cervicale et il a commencé un traitement à l’hydromorphone. En dépit de doses progressivement plus fortes, il se présente à votre bureau et se plaint de douleurs accrues. Cette douleur est d’intensité modérée et décrite comme étant continue et constante dans le cou, accompagnée de douleurs vives et aiguës intermittentes dans le haut supérieur droit du dos et l’épaule. Vous envisagez d’ajouter à l’hydromorphone un corticostéroïde comme analgésique adjuvant au schéma posologique de M. C.

Les stéroïdes comptent parmi les médicaments les plus couramment utilisés en soins palliatifs. Selon une étude canadienne portant sur des patients en clinique externe de soins palliatifs souffrant de cancer, 40 % d’entre eux prenaient des corticostéroïdes et la dexaméthasone était le médicament le plus souvent ajouté par les spécialistes en soins palliatifs1. Cette étude corrobore des études européennes selon lesquelles les corticostéroïdes sont parmi les médicaments les plus prescrits par les services de soins palliatifs en milieu hospitalier24.

Des données probantes justifient le recours aux corticostéroïdes pour certaines indications comme une compression de la moelle épinière5, une pression intracrânienne plus élevée6 et une obstruction intestinale7. Les corticostéroïdes sont aussi communément utilisés pour des indications plus générales, par exemple pour contrôler la douleur, stimuler l’appétit, soulager la nausée et atténuer la fatigue. Par ailleurs, il n’existe pas beaucoup de données scientifiques objectives dans les ouvrages préconisant l’utilisation des corticostéroïdes à ces fins plus larges2,8,9. Le présent article porte sur le rôle des stéroïdes dans le contrôle de la douleur comme analgésique adjuvant, une pratique qui se fonde principalement sur l’opinion d’experts et des données empiriques.

Contrôle de la douleur

Il faudrait envisager un médicament adjuvant contre la douleur à tous les paliers de l’échelle de la douleur de l’Organisation mondiale de la Santé, de légère à grave10. M. C montre des signes à la fois de douleur osseuse et neuropathique11. Les stéroïdes sont particulièrement utiles comme thérapie adjuvante dans les cas de douleur métastasique osseuse, neuropathique et viscérale12. Comme agents adjuvants, les corticostéroïdes peuvent atténuer directement la douleur, réduire la douleur de concert avec un opioïde, permettre de baisser la dose d’opioïdes et avoir des effets symptomatiques bénéfiques en plus du soulagement de la douleur.

Les glucocorticoïdes soulagent la douleur en inhibant la synthèse de la prostaglandine qui cause l’inflammation et en réduisant la perméabilité vasculaire qui provoque l’œdème des tissus. Les glucocorticoïdes sont aussi des molécules lipophiles qui peuvent traverser la barrière sang-cerveau. Selon la recherche, les récepteurs de stéroïdes se trouvent dans les systèmes nerveux central et périphérique et sont responsables de la croissance, de la différentiation, du développement et de la plasticité des neurones13. Plus précisément, il est démontré que les corticostéroïdes réduisent la décharge spontanée dans un nerf endommagé, ce qui atténue la douleur neuropathique12.

La dexaméthasone est le corticostéroïde le plus fréquemment prescrit pour la douleur, mais on peut aussi utiliser la prednisone ou la prednisolone. La prednisolone a pour avantage qu’elle a moins souvent comme effet secondaire de causer une myopathie. La dexaméthasone provoque moins de rétention de fluides que les autres stéroïdes en raison de son moins grand effet minéralocorticoïde. Elle est aussi relativement plus puissante et, en raison de sa demi-vie plus longue, elle peut être administrée une fois par jour. La dose de dexaméthasone la plus appropriée n’a pas encore été déterminée, mais une posologie se situant entre 2 et 8 mg par voie orale ou sous-cutanée d’une à 3 fois par jour est généralement acceptable.

Effets secondaires

On procède à une imagerie par résonance magnétique pour exclure une compression médullaire comme cause de la douleur grave et aiguë de M. C. Les résultats révèlent une progression de la maladie osseuse et une certaine propagation à la musculature paravertébrale, mais aucune atteinte à la moelle épinière.

On fait appel aux services des soins spirituels pour organiser une réunion avec M. C et sa famille et aborder les aspects entourant l’anxiété causée par la progression de la maladie14.

Sur une échelle de 10, la douleur de M. C est réduite à 2 grâce à l’ajout de 8 mg/j de dexaméthasone par voie orale, puis le titrage est baissé sur une période de quelques jours à 4 mg/j. Après une semaine de cette posologie, M. C dit qu’il se sent généralement beaucoup mieux, mais qu’il dort mal. En discutant avec lui, vous en venez à la conclusion que le soulagement de la douleur procuré par l’addition de la dexaméthasone pèse plus dans la balance que l’insomnie dont il souffre comme effet secondaire. Vous changez l’administration de la dexaméthasone à une dose le matin et vous prescrivez 25 mg de trazodone par voie orale une fois par jour au coucher pour l’insomnie de M. C.

Les corticostéroïdes ont un profil d’effets secondaires diversifié et il n’est pas rare qu’ils aient effectivement des effets secondaires. C’est pourquoi il faut utiliser la dose efficace la plus faible. Parce que les effets secondaires ont un effet cumulatif avec le temps, il vaut mieux utiliser les corticostéroïdes en thérapie à court terme (1 à 3 semaines)8,11. En soins palliatifs, les corticostéroïdes sont utilisés pendant plus de 3 semaines dans les cas où le pronostic est à court ou moyen terme et où les effets secondaires ne se développeront probablement pas durant le temps qui reste. Dans les cas où les corticostéroïdes sont utilisés de manière prolongée, il faut exercer une étroite surveillance2. Selon la littérature médicale, on ne surveillerait pas assez rigoureusement l’utilisation des corticostéroïdes dans les milieux de soins palliatifs9.

On donne un résumé des effets secondaires les plus courants de la dexaméthasone dans l’Encadré 19,11,15. Lorsque les effets secondaires sont légers ou quand les corticostéroïdes demeurent nécessaires pour atténuer la douleur à long terme, on peut prescrire des médicaments pour contrer les effets secondaires (p. ex. ajustement des médicaments antidiabétiques pour contrer la glycémie)9. Chez les patients à risque élevé d’hémorragie gastrique, on peut prescrire en même temps que les stéroïdes un agent de protection gastrique. L’utilisation combinée d’un anti-inflammatoire non stéroïdien et d’un stéroïde multiplie par 15 le risque d’hémorragie gastrique; il faut donc éviter cette combinaison, en particulier chez les personnes âgées frêles16. Dans les cas où on anticipe une utilisation de stéroïdes pendant plusieurs mois, on peut envisager l’administration simultanée d’un bisphosphonate chez les patients âgés et ceux à risque d’ostéoporose.

Encadré 1.

Effets secondaires courants de la dexaméthasone

Effets secondaires les plus fréquents:
  • augmentation de l’appétit ou du poids
  • faiblesse des muscles proximaux
  • insomnie
  • effets secondaires gastro-intestinaux
  • effets secondaires psychiatriques, tels que délirium, dépression, anxiété et psychose
  • ostéoporose avec un usage prolongé
Effets secondaires moins fréquents:
  • infections
  • hyperglycémie
  • syndrome de Cushing
Effets secondaires dangereux pour la vie:
  • hémorragie gastro-intestinale
  • thrombo-embolie

Données tirées de Walsh et collab.9 Pereira11 et Sturdza et collab.15

Chez les patients en soins palliatifs, on s’inquiète particulièrement de la myopathie des muscles proximaux comme effet secondaire, qui s’ajoute à la faiblesse inhérente à une maladie en phase terminale. La myopathie aiguë causée par les stéroïdes est rare et si elle se produit, c’est durant la première semaine d’un traitement parentéral à forte dose. Le plus souvent, la myopathie se développe insidieusement. Les muscles des membres inférieurs sont touchés en premier et les patients se plaignent souvent d’avoir comme premiers symptômes de la difficulté à monter les marches ou à se lever de leur fauteuil. Heureusement, la myopathie est réversible la plupart du temps en cessant les stéroïdes. La physiothérapie est aussi utile dans ces cas.

En ce qui a trait aux interactions médicamenteuses, les anticonvulsifs accélèrent le métabolisme des corticostéroïdes et il faudra peut-être en prescrire de plus fortes doses aux patients qui prennent des anticonvulsifs. Les corticostéroïdes peuvent causer une augmentation ou une baisse des niveaux de phénytoïne et de warfarine et il faut en surveiller les taux chez les patients qui prennent concurremment des corticostéroïdes. Des vaccins vivants ne devraient pas être administrés à des patients qui prennent des corticostéroïdes en raison de la réponse immunitaire affaiblie.

Après 3 mois de thérapie aux stéroïdes, la douleur de M. C commence à augmenter de nouveau en intensité. Il signale que sa douleur dans certaines positions se situe maintenant à 10 sur une échelle de 10. Les résultats d’une nouvelle imagerie par résonance magnétique n’indiquent pas d’atteinte à la moelle épinière, mais une progression des métastases osseuses. Vous demandez une consultation d’urgence en radio-oncologie et, entre-temps, vous ajustez le titrage de l’hydromorphone et des stéroïdes. M. C subit une radiothérapie et sa douleur revient à 2 sur une échelle de 10. En plus de son insomnie persistante en dépit des sédatifs, M. C remarque qu’il se sent plus faible quand il monte l’escalier et quand il se lève d’un fauteuil. Puisqu’il n’a pas besoin d’autant de médicaments contre la douleur depuis sa radiothérapie et qu’il souffre de myopathie et d’insomnie causées par les stéroïdes, M. C et vous décidez qu’il est temps de cesser progressivement la dexaméthasone.

Cessation des corticostéroïdes

Après 2 semaines de thérapie aux stéroïdes, le traitement peut être discontinué sans effets secondaires11. Par ailleurs, même à faibles doses, l’utilisation à long terme de corticostéroïdes peut supprimer l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien. Des traitements prolongés exigent une diminution progressive sur une période qui dépend de la durée la thérapie15. Selon les ouvrages scientifiques, on n’a pas encore déterminé la méthode la plus appropriée de cette diminution progressive17.

Si les patients ont eu besoin de stéroïdes jusqu’aux derniers jours de leur vie et ne peuvent plus avaler, les stéroïdes devraient être prescrits à dose complète ou diminuée par voie parentérale (la dexaméthasone est disponible sous forme intraveineuse et sous-cutanée) au lieu d’arrêter abruptement ce médicament8. S’il se produisait un événement stressant comme une infection grave ou une chirurgie dans un intervalle de 1 semaine de la discontinuation de la thérapie aux stéroïdes, il faudrait donner la dose indiquée en cas de stress.

Il importe en soins palliatifs de ne pas méprendre les effets du sevrage des corticostéroïdes avec la progression de la maladie8. Parmi les symptômes du sevrage des corticostéroïdes, on peut mentionner la douleur, la nausée ou les vomissements, la perte de poids, la fatigue, la fièvre, les étourdissements et les symptômes de rebond qui apparaissent quand le contrôle des symptômes est perdu avec l’arrêt des corticostéroïdes. Une crise addisonienne est une complication du sevrage dangereuse pour la vie qui peut causer de la confusion, le coma, un choc cardiovasculaire et même la mort. Plus particulièrement chez les patients en soins palliatifs, il est reconnu que le sevrage des corticostéroïdes exacerbe l’état d’agitation terminale.

Notes

BOTTOM LINE

  • Corticosteroids are among the most commonly used medications in palliative care. Their widespread use as analgesic adjuvants for bony, visceral, and neuropathic pain is widely supported by expert opinion.
  • Corticosteroids reduce pain by reducing inflammation and edema associated with tumours and de polarization of damaged nerves.
  • Dexamethasone is the most commonly used corticosteroid owing to its lack of mineralocorticoid effects, long half-life, and higher potency compared with other corticosteroids.
  • Corticosteroids have many potential side effects that require frequent monitoring. Because most of these side effects manifest over the long term, corticosteroids are best used in the short term at the lowest effective dose.
  • Discontinuing corticosteroids used for longer than 2 weeks should involve tapering to reduce the risk of steroid withdrawal. Worsening symptoms in this setting might be caused by steroid withdrawal, rather than progression of underlying disease.

POINTS SAILLANTS

  • Les corticostéroïdes comptent parmi les médicaments les plus couramment utilisés en soins palliatifs. Leur utilisation généralisée comme adjuvants analgésiques dans les cas de douleur osseuse, viscérale et neuropathique est largement recommandée selon l’opinion d’experts.
  • Les corticostéroïdes atténuent la douleur en réduisant l’inflammation et l’œdème associés aux tumeurs et à la dépolarisation des nerfs endommagés.
  • La dexaméthasone est le corticostéroïde le plus fréquemment utilisé en raison de ses effets minéralocorticoïdes faibles, de sa longue demi-vie et de sa plus grande puissance par rapport à d’autres corticostéroïdes.
  • Les corticostéroïdes ont de nombreux effets secondaires possibles qui exigent une surveillance fréquente. Parce que la plupart de ces effets secondaires se manifestent à long terme, les corticostéroïdes sont le plus indiqués à court terme et à la dose efficace la plus faible.
  • La cessation des corticostéroïdes pris pendant plus de 2 semaines exige une diminution progressive pour réduire le risque des symptômes de sevrage des stéroïdes. L’aggravation des symptômes dans de telles circonstances pourrait être attribuable au sevrage des stéroïdes plutôt qu’à la progression de la maladie sous-jacente.

Notes en bas de page

Intérêts concurrents

Aucun déclaré

Références

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