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Can J Surg. 2010 décembre; 53(6): 365–366.
French.
PMCID: PMC2993036

Des chirurgiens et des listes de vérification

Il s’est écoulé presque 2 ans depuis la publication du rapport marquant du Groupe d’étude « Les chirurgies sécuritaires sauvent des vies », au sujet de la réduction de la morbidité et de la mortalité dans une population mondiale par l’utilisation d’une liste de vérification de sécurité en chirurgie1. Au Canada, l’Institut canadien pour la sécurité des patients, plusieurs sociétés de spécialistes et les conseils provinciaux de la qualité et de la sécurité des patients ont approuvé des recommandations sur l’adoption de la liste. La mise en œuvre d’une liste de vérification constitue maintenant une norme d’agrément pour les hôpitaux du Canada. Il s’est maintenant écoulé suffisamment de temps pour en généraliser l’implantation. Un survol des blocs opératoires des hôpitaux du Canada confirme que des affiches et une liste de vérification à volets multiples ont été intégrées à la culture de la salle d’opération.

Une question clé se pose toujours : l’adoption a-t-elle vraiment imprégné entièrement la pratique des équipes des salles d’opération et a-t-elle eu un effet positif sur la sécu-rité des patients à l’échelle locale? Il n’est pas rare que des chirurgiens signalent que la liste constitue simplement un exercice administratif visant à satisfaire aux normes d’agré-ment. Un directeur exaspéré des services périopératoires de mon hôpital a déclaré récemment que la liste de vérifica-tion était mal utilisée, surtout en ce qui concerne le matériel et les implants. S’agit-il simplement des plaintes d’une minorité réticente et de questions à aborder dans le contexte d’une adoption par ailleurs ferme de la liste? Que nous réserve l’avenir et comment les chirurgiens devraient-ils promouvoir la conformité totale à la liste pour affirmer fer-mement leur engagement envers la sécurité des patients?

Plusieurs observations indiquent que l’adoption de la liste optimise les soins. Tout d’abord, des communications personnelles avec des chirurgiens de 3 des hôpitaux visés par l’étude à Toronto (Ont.), Seattle (Wash.) et Auckland, Nouvelle-Zélande, indiquent qu’ils ont mis à profit la liste initiale afin de redoubler leurs efforts pour améliorer davantage la qualité du breffage préparatoire et des pauses, et améliorer aussi l’exactitude du décompte des éponges et des instruments après l’intervention. Une liste de vérifica-tion en 3 volets encadre un processus itératif qui vise à revoir continuellement les lacunes de la sécurité des soins. Deuxièmement, certaines administrations de la santé ont amélioré la liste originale en l’adaptant pour la raccourcir et pour viser particulièrement les interventions moins intensives et les populations chirurgicales en meilleure santé. Troisièmement, les chirurgiens qui appliquent le principe de « l’intérêt personnel éclairé » constatent que l’utilisation des listes de vérification augmente le nombre d’interventions qui débutent à temps et améliore les temps de roulement à la salle d’opération, ce qui réduit les incon-vénients posés par les retards et les annulations des interventions chirurgicales de leurs patients. Enfin, certains chirurgiens constatent que la liste de vérification les aide à mieux exercer un solide leadership auprès de l’équipe du bloc opératoire.

Il est prudent pour les chirurgiens de revoir leur observation des listes de vérification dans le contexte d’un mandat qui exige de plus en plus l’adoption d’une approche axée sur les patients en amélioration de la qualité et de la sécurité. Ce mandat oblige à adopter un certain nombre de stratégies dans les services cliniques. Il y a d’abord le suivi des résultats. Dans l’optique du processus ou de la confor-mité, on pourra surveiller l’observation des listes de vérifi-cation. Il y a plus important : le contrôle du résultat final sera bientôt imposé pour surveiller des événements comme l’infection du site chirurgical, la pneumonie et la thrombo-embolie postopératoires. Le projet national sur l’amélioration de la qualité chirurgicale (NSQIP) de l’American College of Surgeons, que 2 hôpitaux de la Colombie-Britannique ont adopté récemment et que d’autres établissements de la province adopteront bientôt, en est un exemple. La capacité de rajuster les données en fonction des risques liés aux patients constitue un aspect important du projet NSQIP. La surveillance continue en est une autre stratégie clé. Typiquement, les vérifications de séries de cas ont joué ce rôle, et certaines ont même été publiées dans le présent journal. Les nouveaux systèmes de production de rapports sur la sécurité se concentrent toutefois sur la collecte de données structurées et sur le rajustement des risques, comme dans le cas du système de sécurité et d’apprentis-sage des patients. La Colombie-Britannique implante actuellement cet outil web de production de rapports dans l’ensemble de la province. Troisièmement, les examens particuliers à un patient ou à un événement continuent de produire de bons résultats au niveau de la pratique des divisions. L’analyse périodique de la morbidité et de la mortal-ité, qui met à contribution les apprenants et les formateurs en chirurgie, en constitue un exemple type. Même s’il s’agit là d’examens rétrospectifs, ils peuvent servir de base à l’amélioration des soins dans tout le système ou chez les praticiens. Dans les hôpitaux, les examens des incidents critiques sont au nombre des autres exemples, de même que les enquêtes sur les plaintes des patients effectuées par des conseils d’examen de la qualité qui tiennent compte des préoccupations du public. Enfin, la liste de vérification constitue un exemple typique d’outil culturel, tout comme les caucus de sécurité, les visites aux étages et les conseils exécutifs régionaux en chirurgie qui implantent des mé-thodes normalisées d’amélioration des processus de soin dans tout le continuum des hôpitaux et des communautés sont autant d’outils que les chirurgiens peuvent mettre à profit pour améliorer les résultats. Toutes ces mesures d’amélioration de la qualité et de la sécurité apportent de nouveaux critères que les chirurgiens doivent connaître, et l’utilisation de la liste de vérification aidera à continuer de produire des rapports publics de grande qualité.

La chirurgie est devenue inévitablement plus complexe dans un monde de systèmes de communication avancés, de technologies plus sophistiquées et de patients plus diversi-fiés atteints de comorbidités complexes. Les interventions chirurgicales faisant appel à de multiples équipes provenant de diverses spécialités se pratiquent plus fréquemment. En outre, la plupart des salles d’opération du Canada comptent plus de membres du personnel de diverses caté-gories qui cherchent à suivre une formation alors que les écoles de médecine et de soins infirmiers répartissent et élar-gissent leurs programmes. Ces changements ouvrent la porte à un plus grand nombre d’erreurs. Le Dr Atul Gawande, pro-fesseur de chirurgie à la Faculté de médecine de Harvard, soutient que l’utilisation des listes de vérification peut aider les chirurgiens à faire face à la complexité croissante2. L’utili-sation d’une liste de vérification rigoureuse dans cet environ-nement en rapide évolution regroupera les objectifs des chirurgiens, qui sont d’améliorer à la fois la sécurité des patients et le professionnalisme clinique.

Notes en bas de page

Intérêts concurrents : aucuns déclarés.

Références

1. Haynes AB, Weiser TG, Berry WR, et al. A surgical safety checklist to reduce morbidity and mortality in a global population. N Engl J Med. 2009;360:491–9. [PubMed]
2. Gawande A. The checklist manifesto: how to do things right. New York (NY): Henry Holt and Company; 2009.

Articles from Canadian Journal of Surgery are provided here courtesy of Canadian Medical Association