PMCCPMCCPMCC

Search tips
Search criteria 

Advanced

 
Logo de canrespjCanadian Respiratory Journal
 
Can Respir J. 2009 Nov-Dec; 16(6): 181–182.
French.
PMCID: PMC2807791

L’épidémiologie par base de données

Dans le présent numéro de la Revue canadienne de pneumologie, Gershon et coll. (1) (pages 183–188) se penchent sur un problème familier. Notre système de santé à payeur unique, largement rémunéré à l’acte, garantit essentiellement que les autorités de santé provinciales disposent de dossiers de médecins remplis de diagnostics attribuables à des individus (anonymes). Ces dossiers permettent aux chercheurs de retracer, à coût relativement faible, les coordonnées de médecins et d’hôpitaux à l’égard de patients ayant une maladie donnée. Par conséquent, ils sont très attrayants pour les épidémiologistes qui, autrement, doivent trouver les patients requis, puis les suivre individuellement pendant des années dans le cas de maladies chroniques comme l’asthme. Cependant, il arrive souvent qu’on ne sache pas ce qui est suivi au juste. Pour ce qui est de l’asthme, « l’asthme diagnostiqué par un médecin » signifie simplement qu’un jour, un médecin a déclaré un patient asthmatique. C’est problématique, car il n’existe pas de critères diagnostiques objectifs acceptés pour l’asthme; même s’il y en avait, le chercheur ne pourrait savoir avec certitude s’ils ont été appliqués aux cas à l’étude. Autrement dit, le chercheur ne sait pas vraiment si les diagnostics qu’il analyse sont exacts.

Fichier externe contenant une image, une illustration, etc.,
se présentant habituellement sous la forme d'un objet binaire quelconque.
 Le nom de l'objet concerné est crj161811.jpg

Nick R Anthonisen

Dans une tentative pour clarifier ces questions, Gershon et coll. (1) rendent compte d’une étude détaillée et difficile. Ils ont sélectionné 13 cabinets de soins primaires (CSP) de l’Ontario disposant d’un système de facturation électronique et d’espace de travail pour y installer un vérificateur, puis ils ont vu au moins 30 patients asthmatiques adultes en 2003. Au total, ils ont vérifié 518 dossiers de ces CSP, qu’ils ont classés dans quatre catégories d’égale dimension : les patients asthmatiques, les patients atteints d’une « maladie connexe » comme la sinusite, la bronchite aiguë et la rhinite, les patients atteints d’une maladie pulmonaire obstructive chronique et des sujets témoins atteints d’hypertension ou d’une maladie musculosquelettique. Ces dossiers ont ensuite été soumis à des pneumologues, qui les classaient essentiellement dans le groupe des « asthmatiques » ou celui des « non-asthmatiques ». On comparait ensuite le diagnostic de ces experts à ceux des bases de données. Les diagnostics des CSP on subi la même comparaison. La comparaison avec les diagnostics des bases de données ont donné certains résultats auxquels on aurait pu s’attendre, ainsi que d’autres, plus intéressants. Parmi ces derniers, on a pu constater que le diagnostic des experts n’était pas plus précis que celui des CSP. Dans les deux groupes, si le critère de la base de données pour l’asthme était une consultation auprès d’un médecin à cause de la maladie, on obtenait une excellente sensibilité : plus de 90 % des personnes que les experts ou les CSP croyaient asthmatiques avaient eu une telle consultation, mais la spécificité d’une seule consultation pour l’asthme était faible, à environ 60 %. En effet, de nom-breuses personnes non asthmatiques en avaient vécu une. Si le critère était de deux visites en consultations externes ou d’une hospitalisation pour l’asthme sur une période de deux ans, la sensibilité fléchissait à environ 80 %, mais la spécificité passait environ au même pourcentage pour les experts et les CSP. Si le critère était plutôt de trois visites en consultations externes pour l’asthme sur une période de deux ans, la sensibilité diminuait, mais la spécificité augmentait. Les auteurs ont conclu que, sur une période de deux ans, deux visites en consultations externes ou une hospitalisation, ou les deux, constitueraient des critères satisfaisants de l’asthme dans les bases de données.

Lorsque je travaillais dans un grand établissement fédéral, les approximations étaient qualifiées d’« assez justes pour un travail fédéral », laissant entendre qu’elles ne le seraient pas pour qui que ce soit d’autre. Les résultats de Gershon et coll. (1) s’inscrivent dans cette catégorie. En effet, 160 cas d’asthme avaient été diagnostiqués par des experts, et les CSP n’en avaient pas diagnostiqué plus de 20 %. Par contre, les CSP avaient permis de repérer que 196 des 518 patients étaient asthmatiques. Ces différences n’étaient pas négligeables. Selon mes calculs, des 228 patients, environ 68 étaient diagnostiqués différemment par les deux groupes de médecins. Ces différences s’expliquent de plusieurs façons, abordées par les auteurs. Il est peut-être remarquable que la sensibilité et la spécificité de la définition tirée d’une base de données ne diffèrent pas entre les deux groupes. On découvre également que ces chiffres s’associent à une variation substantielle.

Ainsi, comme l’indiquent Gershon et coll., dans le meilleur des cas, l’épidémiologie par base de données est une approximation et doit toujours être perçue comme telle. Pour ce qui est de l’asthme, d’autres ont analysé la question de l’exactitude des bases de données (24) et ont obtenu des résultats quelque peu similaires. Le nombre de diagnostics divergents possible est inversement proportionnel aux résultats, les meilleurs résultats étant observés chez les enfants et les jeunes adultes les moins susceptibles d’être atteints d’une maladie pulmonaire obstructive chronique. Dans la mesure du possible, il est préférable de confiner l’épidémiologie par base de données à ces groupes.

RÉFÉRENCES

1. Gershon AS, Wan C, Guan J, Vasilievska-Ristovska J, Cicutto L, To T. Identifying patients with physician-diagnosed asthma in health administrative databases. Can Respir J. 2009;16:183–8. [Article PMC gratuit] [PubMed]
2. To T, Dell S, Dick PT, et al. Case verification of children with asthma in Ontario. Pediatr Allergy Immunol. 2006;17:69–76. [PubMed]
3. Blais L, Lemiere C, Menzies D, Berbiche D. Validity of asthma diagnoses recorded in the Medical Service Database of Quebec. Pharmacoepidemiol Drug Saf. 2006;15:245–52. [PubMed]
4. Huzel L, Roos LL, Anthonisen NR, Manfreda J. Diagnosing asthma: The fit between survey and administrative database. Can Respir J. 2002;9:407–12. [PubMed]

Articles from Canadian Respiratory Journal are provided here courtesy of Hindawi