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Physiother Can. 2009 Fall; 61(4): 185–188.
Publication en ligne 2009 novembre 12. French. DOI :  10.3138/physio.61.4.185
PMCID: PMC2793691

Que peut nous apprendre la campagne d'Obama dans le contexte de la mise en place d'une pratique fondée sur l'expérience clinique?

La pratique fondée sur des preuves scientifiques constitue un élément important des soins de santé. Au cours de la dernière décennie, elle est devenue une composante intégrée et prévisible de la pratique de la physiothérapie. Il est en effet généralement reconnu qu'en tant que cliniciens, les physiothérapeutes sont tenus de connaître, d'avoir accès et d'utiliser ces données probantes dans leur pratique de tous les jours. Toutefois, il est de plus en plus clair que l'intégration de pratiques novatrices dans la pratique traditionnelle des soins de santé fait face à des difficultés importantes1. Même si une vaste majorité d'intervenants (patients, physiothérapeutes, chargés de l'aiguillage des patients et bailleurs de fonds) sont conscients de la nécessité de combler le fossé séparant l'expérience de la pratique, parvenir à modifier les modèles de pratique pour y intégrer des éléments probants demeure difficile. Un nombre croissant d'examens systématiques se penchent sur l'efficacité des diverses interventions visant à faire face aux obstacles liés à ce problème et à promouvoir des changements de comportement24. Toutefois, ces sources de données probantes secondaires indiquent qu'on a souvent recours à une approche « universelle » pour la promotion du changement. Puisque la campagne du président Obama reposait sur le changement, celui-ci peut inspirer la mise en pratique de l'expérience clinique et devenir des outils d'apprentissage pour les personnes qui doivent vaincre les obstacles au changement dans la pratique clinique.

1. CLARTÉ ET SIMPLICITÉ DU MESSAGE

La campagne du président Obama reposait sur un message de changement face à tout ce qui était établi. Durant toute cette campagne électorale, c'était là un thème central, en même temps qu'un slogan5. Ce message simple, mais efficace, est devenu au fil du temps le synonyme d'Obama. Au moment de mettre en pratique les preuves scientifiques, il est essentiel de véhiculer un messager clair et simple, qui trouvera écho auprès de notre population cible. Pour y parvenir, il est important d'identifier les intervenants qui seront le plus touchés par le changement. Une fois qu'ils auront été identifiés, l'adhésion des intervenants à l'idée du changement sera nécessaire pour que les changements de comportement puissent être instaurés avec succès. Le manque d'adhésion des intervenants, ajouté à des messages trop complexes ou manquant de clarté, risque de créer de la confusion, un manque de direction ou, au bout du compte, faire en sorte que le changement espéré n'ait jamais lieu.

2. DISPONIBILITÉ AU CHANGEMENT

À titre de thème central de la campagne du président Obama, le changement a aussi attiré l'attention sur le degré de disponibilité au changement de la population. Intégrer des preuves scientifiques dans la pratique clinique doit aussi tenir compte de l'ouverture au changement de la population visée6. Cette population cible doit reconnaître que les pratiques actuelles nécessitent un changement, que le moment est venu de procéder à ce changement et que le changement en question bénéficiera des appuis nécessaires. Sans une telle reconnaissance, toute initiative visant à intégrer des données probantes dans la pratique clinique ne causera pas de changement des comportements à grande échelle.

3. ENGAGEMENT

La campagne d'Obama a eu recours à des outils novateurs et inusités pour susciter l'engagement d'un large groupe de la population7. Cette stratégie d'engagement multimodal a permis d'obtenir un engagement régulier et en temps opportun en vue d'optimiser le nombre possible de votes en la faveur de ce candidat. L'intégration de preuves scientifiques dans la pratique clinique et la promotion de changements de comportement peut aussi bénéficier d'une approche de ce genre, mettant à contribution des interventions à facettes multiples6.

4. LEADERSHIP

Au cours de la campagne présidentielle, des événements inattendus se sont produits, notamment la crise financière mondiale, laquelle menaçait de porter ombrage à la campagne présidentielle dans son ensemble, et la campagne de Barack Obama plus précisément. Alors que son adversaire décidait de suspendre sa campagne, Obama décidait d'aller de l'avant, de continuer et de faire preuve d'un leadership visible, crédible et démontrant bien que la situation le préoccupait. Cela a permis de faire en sorte que la campagne d'Obama demeure constante, uniforme, qu'elle puisse poursuivre sur sa lancée8. Sans un leadership crédible, surtout en tant de crise ou durant une épreuve, la mise en place de pratiques reposant sur des preuves cliniques a bien des chances d'être vouée à l'échec et de ne pas amener le changement espéré.

5. CONSTANCE

Plus la campagne avançait, plus les adversaires d'Obama, nombreux à craindre de le voir réussir, modifiaient leur message5. D'un autre côté, la campagne d'Obama est demeurée constante dans un message ayant trait au changement9. De lamême façon, intégrer des preuves scientifiques à la pratique clinique en vue de susciter des changements dans la pratique comme dans les comportements exige aussi de la constance et de la persévérance. Cockburn souligne le fait que maintenir le cap lors de changements constitue le plus grand des défis; le relever exige des ressources qui lui sont consacrées, une planification structurée, une vision de l'avenir et un suivi continu dès le départ6. Sans constance ni persévérance, les messages clés deviennent dilués et ternis par l'influence de plans de travail qui viennent faire diversion.

6. RECONNAISSANCE DU CONTEXTE LOCAL

La campagne d'Obama est parvenue à véhiculer un message très pertinent et adapté aux contextes locaux partout aux États-Unis. Cette approche homogène a fait en sorte que son message de changement a été capté par divers groupes de la population et a été perçu comme très pertinent pour tous les Américains dans leur environnement bien à eux10. Les contextes locaux, et particulièrement les éléments de facilitation et les obstacles au changement locaux, doivent donc être identifiés. Oxman et Flottrop soulignent que le contexte social, organisationnel, économique et politique influence le passage des éléments probants vers la pratique concrète11. La reconnaissance des contextes locaux et des obstacles qui y sont associés favorise l'émergence de stratégies ciblées et habilitantes pour l'intégration de preuves scientifiques à la pratique clinique et de changements comportementaux durables.

7. RELATIONS EFFICACES

L'une des forces de la campagne Obama a été son aptitude à communiquer et à tisser des relations efficaces au sein de l'électorat. Tranchant avec les campagnes traditionnelles, son approche a permis de concilier et d'associer des gens de diverses cultures, de points de vue et de relations variés9. Ces relations diverses ont contribué à faire en sorte qu'Obama en arrive à des résultats tout aussi variés en termes de financement, de publicité et d'engagement10. L'intégration réussie des preuves scientifiques est également tributaire de relations efficaces qui sortent du cadre habituel et qui permettent de travailler vers un objectif commun. On a par exemple démontré que des stratégies de collaboration interprofessionnelle étaient efficaces pour la mise en œuvre d'une pratique fondée sur les preuves pour un certain nombre de maladies chroniques12. L'influence des pairs et des leaders d'opinion a également démontré son efficacité à contrer les obstacles liés aux croyances et aux attitudes, ce qui contribue à favoriser le changement13. Des relations efficaces peuvent s'inspirer de ces initiatives habilitantes pour mettre en œuvre et maintenir le changement.

UN EXEMPLE D'ÉCHEC DE L'INTÉGRATION DE PREUVES SCIENTIFIQUES ET DE LA MISE EN PLACE DE CHANGEMENTS : LE SYNDROME DU COUP DE FOUET (WHIPLASH-ASSOCIATED DISORDER, OU WAD) ET LES COLLIERS CERVICAUX SOUPLES

La gestion du syndrome du coup de fouet est un exemple probant qui montre comment, malgré les preuves scientifiques, il est systématiquement impossible de parvenir à modifier les pratiques et les comportements des praticiens. Depuis la fin des années 1980, les recherches ont constamment démontré qu'une mobilisation précoce du cou est plus efficace qu'une immobilisation à l'aide d'un collier cervical souple pour le traitement du syndrome du coup de fouet. En 1986, Mealy et ses collègues ont comparé la mobilisation hâtive et l'immobilisation avec collier cervical souple chez deux groupes de patients aux prises avec un coup de fouet cervical persistant. Les constatations de cette recherche ont indiqué que le fait d'immobiliser le cou à l'aide d'un collier cervical souple a accru la durée des symptômes, alors que des améliorations ont été constatées beaucoup plus rapidement chez les patients auprès desquels on avait assuré une gestion active précoce14. Deux études sur échantillon aléatoire, publiées en 1989, sont venues appuyer elles aussi la mobilisation précoce, et concluaient qu'il valait mieux éviter les colliers cervicaux souples15,16. Depuis lors, des preuves scientifiques constantes et hautement crédibles s'accumulent et se prononcent fortement contre l'utilisation de colliers souples, en plus de se porter à la défense de la mise en mouvement précoce pour la gestion du syndrome du coup de fouet1719. Malgré des données probantes à ce point éloquentes, une investigation des pratiques habituelles pour la gestion des cas de syndrome du coup de fouet a permis de constater que 50 p. cent des consultants et plus de la moitié du personnel de premier et de moyen échelon des urgences au pays de Galles continuaient d'avoir recours au collier cervical pour le traitement du syndrome du coup de fouet20. Pourquoi ces pratiques en matière de soins de santé ne sont-elles pas le reflet des preuves scientifiques que de précédentes recherches ont permis d'obtenir?

Si on utilisait les mêmes principes que Barack Obama pour mettre en œuvre des changements et pour parvenir à modifier les pratiques et les comportements dans la gestion des cas de coup de fouet cervical (c'est-à-dire éviter les colliers cervicaux et favoriser une mobilisation précoce et une gestion active), comment devrions-nous nous y prendre? La figure 1 résume comment les principes appliqués à la campagne Obama pourraient, pour la pratique clinique, être mis en œuvre pour amener la mise en place d'un changement dans la gestion des cas de syndrome du coup de fouet.

Tableau 1
Apporter le changement à la gestion du syndrome du coup de fouet.

RÉSUMÉ

Le changement a soufflé sur les États-Unis pour de nombreuses et complexes raisons. La campagne d'Obama a réussi à mettre en place ce changement et à faire élire son candidat en ayant recours à des méthodes novatrices, originales et clairvoyantes. Il faut premièrement reconnaître que mettre en place des preuves scientifiques dans la pratique clinique et parvenir à modifier les comportements est une tâche complexe, mais tout de même réalisable. Deuxièmement, les changements dans la pratique et dans les comportements exigent de la transparence quant aux processus et aux résultats attendus, une globalité et des approches ciblées qui tiennent compte des enjeux à l'échelle locale. Troisièmement, de multiples approches doivent cibler divers niveaux en vue d'amener le changement initial, et que ce changement puisse durer. Enfin, tous doivent reconnaître que mettre en pratique l'expérience clinique et instaurer des changements dans le cadre d'une pratique fondée sur les preuves scientifiques peuvent amener des pratiques et des soins de santé sûrs et de qualité. Dans le cas du syndrome du coup de fouet, les leçons à tirer de la campagne d'Obama constituent un modèle à partir duquel concrétiser le changement dans la pratique clinique de la physiothérapie et combler les lacunes actuelles touchant la pratique à partir d'éléments probants.

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Articles from Physiotherapy Canada are provided here courtesy of University of Toronto Press and the Canadian Physiotherapy Association