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Can Respir J. 2009 Sep-Oct; 16(5): 146–147.
French.
PMCID: PMC2779168

L’indemnisation des accidentés du travail et le mésothéliome

Nick R. Anthonisen, M.D., Rédacteur en chef
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Nick R Anthonisen

Dans le présent numéro de la Revue canadienne de pneumologie, l’article de Payne et Pichora (1) (pages 148–152), sur les demandes d’indemnisation pour mésothéliome en Ontario entre 1980 et 2002, m’a dérangé. Les auteurs ont comparé ces demandes au nombre de cas de mésothéliomes diagnostiqués selon le Registre ontarien du cancer (ROC). La méthode était relativement simple, puisqu’il s’agissait de comparer deux solides bases de données. Pour vérifier leur concordance, les auteurs ont mis en parallèle toutes les réclamations pour ce cancer professionnel et les données du ROC; ils ont constaté un taux de concordance de 86 % et 93 % entre les réclamations pour mésothéliome honorées et les mentions faites au ROC. Parmi les sujets indemnisés pour un mésothéliome, environ 85 % présentaient les diagnostics appropriés aux fins du ROC.

Or une moyenne d’environ 35 % des patients atteints de mésothéliome ont fait une demande d’indemnisation au cours des 22 années couvertes par l’étude. Les taux de réclamation ont graduellement progressé de 20 % à 30 %, puis à 43 %, au cours de la période de 22 ans. Les réclamations ont été plus souvent faites pour des hommes (pic de 57 % des cas de mésothéliome), et pour des sujets de 50 à 59 ans plutôt que des sujets plus âgés, même si la plupart des cas de mésothéliome inscrits au ROC concernaient des individus de plus de 60 ans.

Ces résultats m’ont désagréablement surpris. Le mésothéliome est une maladie distinctive, attribuable à une exposition à l’amiante dans la grande majorité des cas (2). On pourrait affirmer que chez les hommes, le mésothéliome est pour ainsi dire, par définition, un marqueur d’une exposition habituellement importante à l’amiante, le plus souvent liée au travail. Bien qu’il puisse survenir dans d’autres contextes que l’exposition professionnelle, le mésothéliome affecte aussi, preuves à l’appui, des gens qui ont été exposés à l’amiante soit parce qu’ils vivent à proximité des mines ou des industries qui l’utilisent, soit, parce qu’ils sont exposés aux vêtements des travailleurs de l’amiante, souvent des femmes dans ce cas (2). On reconnaît depuis les années 1960 que, de toutes les maladies pulmonaires professionnelles, le mésothéliome est l’une des plus clairement associées à un agent spécifique et non à d’autres facteurs ayant trait à l’hygiène de vie. C’est précisément cet élément d’information qui a motivé Payne et Pichora (1) à faire une recherche sur le mésothéliome. Ils se sont inquiétés à la vue de données selon lesquelles les réclamations d’indemnisation pour maladie professionnelle étaient généralement peu nombreuses et ils ont cru que le mésothéliome pouvait représenter une excellente cause type en raison de son étiologie particulière.

Comment explique-t-on ce faible taux de réclamations d’indemnisation? Il est incroyable que la majorité des patients atteints de mésothéliome n’aient pas été exposés à l’amiante, tandis que le milieu de travail constitue la principale source d’une telle exposition. Beaucoup de patients qui n’ont pas fait de réclamation ont forcément été exposés à l’amiante. Une raison possible pour expliquer le peu de réclamations est que les personnes atteintes de mésothéliome ont une très brève espérance de vie, de sorte qu’il y a souvent très peu à indemniser. Or, en réalité, les indemnisations peuvent être versées aux survivants et je soupçonne que peu de patients atteints de mésothéliome laissent à leurs héritiers un patrimoine bien garni. Ce biais quant à la survie pourrait expliquer que les réclamations aient été plus élevées avant la retraite qu’après, bien que la fenêtre de 20 à 40 ans écoulés entre l’exposition et le développement du mésothéliome rende beaucoup plus probable la survenue de la maladie après la retraite.

Je crois, à l’instar des auteurs, qu’un élément de la réponse se trouve dans les résultats enregistrés dans le comté de Lambton, en Ontario. Je ne sais pas où se situe ce comté, mais je crois qu’on y trouvait un chantier naval ou d’autres industries liées à l’amiante à une époque. Peu importe, l’incidence du mésothéliome dans le comté de Lambton est environ quatre fois plus élevée que la moyenne provinciale et 77 % de ces patients atteints de mésothéliome ont adressé une demande d’indemnisation pour accident du travail. De toute évidence, on est beaucoup plus familier qu’ailleurs avec les problèmes liés à l’amiante dans le comté de Lambton et, selon moi, ce fait s’explique en bonne partie par l’implication de la communauté médicale. Les médecins du comté de Lambton ont entendu le message concernant le mésothéliome et c’est ce que doivent faire les autres médecins. Il est encourageant d’apprendre que plusieurs provinces ont fait ou s’apprêtent à faire du mésothéliome une maladie à déclaration obligatoire, avisant de ce fait les médecins que leurs patients sont atteints d’une maladie qui donne fort probablement droit à une indemnisation pour accident du travail.

RÉFÉRENCES

1. Payne JI, Pichora E. Filing for workers’ compensation among Ontario cases of mesothelioma. Can Respir J. 2009;16:148–52. [Article PMC gratuit] [PubMed]
2. Robinson BWS, Chahinain AP, editors. Mesothelioma. London: Martin Dunitz Ltd; 2002.

Articles from Canadian Respiratory Journal are provided here courtesy of Hindawi Publishing Corporation