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Can J Cardiol. 2009 juin; 25(6): 341–343.
French.
PMCID: PMC2722476

Agissons maintenant et investissons dans l’avenir de la santé cardiaque au Canada

J’ai été très heureux d’avoir l’occasion d’échanger avec mon collègue et ancien président de la Société canadienne de cardiologie (SCC), le Dr Lyall Higginson, alors que je m’apprêtais à rédiger la Page du président pour l’édition de ce mois-ci. Lyall était le représentant de la SCC au sein du comité de direction de la Stratégie canadienne de santé cardiovasculaire-plan d’action (SCSC-PA). Ce comité était dirigé par un autre ancien président de la SCC, le Dr Eldon Smith. Pendant deux ans, Lyall a rencontré des intervenants des quatre coins du pays pour leur prodiguer ses conseils et il a aidé à identifier les secteurs prioritaires et à formuler les recommandations mises de l’avant dans le document final de la SCSC-PA, qui a été présentée à la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, en février 2009.

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Dr Charles R Kerr

La SCSC-PA est une prescription dont le Canada a urgemment besoin. C’est une importante étape dans la mise sur pied d’une stratégie pancanadienne de lutte contre la maladie cardiaque et l’AVC, dans le même esprit que les stratégies élaborées pour lutter contre le diabète et les maladies pulmonaires. Bien qu’aucun engagement financier n’ait été pris en faveur de la SCSC-PA, je crois fortement que du point de vue économique, il serait logique d’investir maintenant dans la prévention et le traitement des maladies cardiovasculaires si le Canada souhaite réaliser d’importantes économies en santé plus tard. La SCC se porte volontaire pour assurer le leadership de la mise en application du plan et nous enjoignons tous nos membres à faire pression sur les gouvernements afin qu’ils soutiennent le plan et ses retombées favorables.

La maladie cardiovasculaire (MCV) tue plus de Canadiens chaque année que toute autre maladie. On estime que d’ici 2030, la maladie cardiaque et à l’AVC causeront 23,4 millions de décès, contre 11,8 millions pour le cancer. Neuf Canadiens sur dix de plus de vingt ans sont exposés à au moins un facteur de risque de MCV. De plus, le tiers des Canadiens présentent trois facteurs de risque ou plus et ces risques augmentent à mesure que la population vieillit. Grâce à l’amélioration des soins aigus en cardiologie, un plus grand nombre de Canadiens survivent maintenant à une crise cardiaque. Cela a toutefois pour corollaire, qu’un bon nombre d’entre eux souffriront éventuel-lement d’insuffisance cardiaque chronique.

La maladie cardiaque et l’AVC menacent en outre considérablement la santé de l’économie canadienne. Les coûts associés à l’utilisation accrue des soins de santé et à la perte de productivité ont été estimés à 22 milliards de dollars par année. En fait, trois des quatre maladies les plus coûteuses au Canada sont des maladies cardiovasculaires. Si nous n’agissons pas maintenant, la situation ne peut que s’aggraver et les coûts continueront de croître.

La mise en place d’une vaste gamme de stratégies préventives aura certainement le plus d’impact sur la réduction des dépenses canadiennes en santé. De récentes études menées aux États-Unis montrent que pour chaque dollar investi dans un programme efficace de prévention capable d’accroître l’activité physique, d’améliorer la nutrition ou de réduire le tabagisme, ce sont cinq dollars qui sont épargnés dans le budget de la santé.

Les maladies chroniques sont particulières : les liens complexes entre les facteurs de risque, d’éventuels progrès diagnostiques et thérapeutiques et l’évolution des modèles de prestation des soins de santé font qu’il est difficile d’estimer avec précision les économies de coût. Mais je crois que l’évaluation économique détaillée du comité de direction se révélera très conservatrice.

« Selon l’évaluation économique du comité, nous estimons qu’en appliquant les recommandations mises de l’avant par la SCSC-PA, le système de soins de santé canadien pourra économiser environ 7,6 milliards de dollars en coûts directs et 14,6 milliards de dollars en coûts indirects d’ici 2020 », affirmait le Dr Higginson, alors que nous discutions de la nécessité, pour le Canada, d’investir immédiatement dans l’amélioration des soins cardiovasculaires. « Compte tenu du contexte économique difficile, le plan d’action propose un rendement très attrayant et important sur cet investissement. »

« Nos patients comptent sur cet investissement, non seulement pour euxmêmes, mais aussi pour leurs enfants, dont bon nombre figurent déjà parmi notre clientèle régulière touchée par la maladie cardiovasculaire. »

Le Dr Smith et les membres du comité de direction de la SCSC-PA peuvent être très fiers du travail accompli autour de ce plan d’action. C’est la première fois que l’on accorde à la maladie cardiovasculaire le statut de maladie chronique. Le plan d’action tient également compte des nombreux facteurs importants qui affectent le pronostic des patients, notamment l’environnement, les composantes génétiques, les milieux de vie (écoles et collectivités), les traitements et les modèles de soins, la pertinence des stratégies de prévention et les questions relatives aux peuples autochtones. La SCSC-PA formule six recommandations principales:

  • Établir un milieu favorable à la bonne santé cardiovasculaire par le biais de programmes éducatifs, de lois, de règlements et de politiques
  • Aider les Canadiens à mener des vies plus saines en élaborant des messages communs sur les facteurs de risque, en favorisant l’autonomie et en appliquant des mesures de dépistage et de suivi dans les milieux communautaires
  • Mettre fin à la crise des maladies cardiovasculaires au sein des collectivités autochtones en favorisant leur participation active au développement de leurs propres solutions et plans et en leur offrant un soutien culturellement approprié.
  • Poursuivre la réforme des services de santé en favorisant l’innovation et en soutenant les programmes de prévention et de gestion des maladies chroniques établis dans les équipes de soins primaires qui interagissent avec des réseaux régionaux intégrés de soins cardiaques spécialisés, centrés sur les patients.
  • Établir une infrastructure du savoir pour promouvoir la prévention et les soins grâce à un accès rapide à une information juste et à sa dissémination efficace. Soutenir l’acquisition d’une information ciblée.
  • Préparer les prestateurs de services de manière à ce qu’ils soient dûment formés et compétents en planifiant systématiquement nos effectifs et en stimulant l’innovation.

Je suis très fier que la SCC soit l’une des principales organisations à participer à la mise sur pied de la SCSC-PA. Avec l’obtention du financement, nous continuerons de jouer un rôle important dans plusieurs des secteurs d’intérêts mentionnés plus haut. J’attends avec impatience l’occasion de travailler en partenariat avec des organismes du Canada entier et de mettre à profit notre expertise pour établir les pratiques optimales et les directives professionnelles dans le but d’améliorer les programmes actuels de prévention et de traitement. Nous coordonnerons également l’élaboration des définitions appliquées aux données recueillies à l’échelon national afin de faciliter la collecte et le partage des données inscrites aux registres de partout au pays et d’améliorer ainsi les soins aux patients dans toutes les régions.

Pour continuer de réformer les services de santé et de fournir des soins intégrés centrés sur les patients, nous devons utiliser à meilleur escient nos ressources humaines, technologiques et autres afin de corriger les disparités. Ce problème n’est pas spécifique à la cardiologie. Nous devons adopter des modèles de soins qui s’appliquent et s’utilisent facilement en médecine de premier recours. La SCC dispose d’un processus bien établi et éprouvé d’élaboration de directives thérapeutiques, faciles à utiliser pour tous les professionnels de la santé qui soignent des maladies chroniques. Notre modèle en boucle fermée s’est révélé très efficace au moment d’appliquer les directives à la pratique clinique. Nous ne continuerons pas seulement d’utiliser ce modèle pendant que nous mettrons à jour nos directives pour l’insuffisance cardiaque, nous appliquerons aussi notre expertise et notre leadership à la préparation et à la mise à jour constante des directives de pratique optimales dans d’autres secteurs.

Pour prodiguer des soins de santé adéquat, il est indispensable d’obtenir et de partager rapidement des données précises. C’est ce qui permet aux professionnels de la santé et aux hôpitaux de mettre sur pied des programmes de prévention et de traitement efficaces, d’améliorer les soins et de soutenir la recherche. Au Canada, ce type d’échanges d’information n’existe tout simplement pas. Pour combler cette lacune, nous devons élaborer l’infrastructure adéquate et réunir des données standardisées, par exemple, sur les facteurs de risque cardiovasculaires, promouvoir le développement et l’adoption des dossiers médicaux électroniques, des programmes de prévention et de traitement des maladies chroniques et d’interfaces médicales avec les consommateurs et approfondir nos connaissances sur la prévention et les soins cardiovasculaires.

Pour atteindre cet objectif, la première étape consiste à établir des normes nationales de collecte de données et de rédaction de rapports. Plusieurs groupes provinciaux, dont le Cardiac Care Network de l’Ontario, l’Alberta Provincial Project for Outcome Assessment in Coronary Heart Disease, le British Columbia Cardiac Registry (APPROACH), le registre Improving Cardiovascular Outcomes in Nova Scotia (ICONS) et le Registre québécois des maladies du cœur ont déjà fait des incursions appréciables dans l’élaboration de systèmes électroniques distincts pour améliorer la surveillance et mieux gérer l’accès des patients aux soins. Plus tard, au cours de l’année, la SCC réunira ces groupes et d’autres organismes de tous les domaines au pays afin de discuter des procédés et d’établir les définitions des données communes afin que nous puissions aller de l’avant. Il s’agit d’une étape cruciale : la seule façon de regrouper des données de base précises afin de dresser un tableau fidèle et de mieux comprendre les maladies cardiovasculaires à l’échelle nationale est de s’assurer que tous les groupes partenaires utilisent les mêmes séries de données. De plus, à mesure que nous améliorerons notre capacité de recueillir et de surveiller les données à l’avenir, nous pourrons élargir la collecte de données de manière à inclure d’autres importants paramètres de mesure de qualité, comme les taux de mortalité et de réadmission.

Il n’y a pas de doute que le Canada est confronté à une épidémie imminente, les coûts associés au traitement des MCV et à la perte de productivité sont exorbitants. Si nous reconnaissons les défis économiques actuels, le Dr Smith et son équipe ont clairement démontré qu’avec un investissement relativement petit dès aujourd’hui, le système de soins de santé canadien et notre économie épargneront ensuite des milliards de dollars annuellement.

Nous devons tout tenter pour encourager les gouvernements à investir dès à présent dans l’amélioration de la prévention et des soins cardiovasculaires, affirme le Dr Higginson. « Si nous ne faisons pas front commun et si nous n’agissons pas maintenant pour que le gouvernement vienne en aide à la SCSC-PA, la situation ne pourra que s’envenimer. »

Je tiens à remercier personnellement le Dr Higginson, non seulement pour son travail auprès de la SCSC-PA, mais également pour son engagement indéfectible à aider les gens qui souffrent de MCV chronique afin qu’ils bénéficient d’une espérance de vie plus longue et qu’ils jouissent d’une meilleure santé. Comme toujours, je vous invite à communiquer avec moi par courriel, à l’adresse ac.SCC@tnediserp, si vous avez des questions, des commentaires, des idées ou des critiques constructives à formuler. Je m’engage à vous répondre personnellement ou à acheminer votre question au membre de l’exécutif ou du personnel de la SCC concerné afin qu’il vous réponde directement.


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