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Paediatr Child Health. 2009 May-Jun; 14(5): 283–284.
French.
PMCID: PMC2706624

Où sont les mesures de stimulation pour les enfants?

Joanne Embree, MD FRCPC

Les renflouements, les mesures de stimulation, la relance économique. Ces termes font maintenant partie de notre vocabulaire collectif et définissent une nouvelle réalité pour les Nord-Américains. Les réactions aux problèmes économiques sont au cœur des préoccupations publiques depuis l’automne dernier, mais pas les dépenses affectées au programme pour enfants. L’industrie de l’automobile est en crise, les Canadiens au chômage ont besoin de se recycler et d’obtenir du soutien à l’emploi et la construction résidentielle a besoin d’être relancée. Les transporteurs aériens, le tourisme et même l’industrie porcine souffrent de la pandémie de grippe H1N1 (« grippe porcine »). Est-ce vraiment le bon moment de préconiser l’investissement dans la petite enfance? Il n’y a peut-être pas meilleur moment.

Les discussions portant sur la relance économique se limitent surtout à une perspective à court terme. Elles visent à soutenir ceux qui sont actuellement sans emploi et à réduire au minimum les autres pertes. Pourtant, il faut conjuguer cette vision à un plan de stabilité économique à long terme, qui exige des politiques et des programmes afin d’assurer une future main-d’œuvre compétente et dynamique. Un axe de ce plan doit porter sur le bien-être des enfants, leur santé, leurs possibilités éducatives, leurs soins et leur famille.

Les pédiatres et d’autres défenseurs des enfants et des adolescents martèlent ce message depuis des décennies. Cependant, ces dernières années, un concert de plus en plus imposant d’économistes, d’universitaires et de chefs d’entreprise a repris le refrain. Qui plus est, ils possèdent les preuves et les données probantes pour étayer ces prises de position.

Aux États-Unis, le Partnership for America’s Economic Success – créé en 2006 par un groupe de chefs d’entreprise, d’économistes, de partisans et de commanditaires pour documenter les répercussions économiques des investissements dans l’enfance à compter d’avant la naissance jusqu’à cinq ans – ouvre la voie. Ce partenariat prestigieux a permis de commander des recherches et de produire une série de documents rédigés par des universitaires réputés sur les données probantes en matière de politiques et de programmes qui soutiennent la santé et l’éducation des enfants, de même que le développement de la petite enfance.

La différence entre ce mouvement et les arguments passés provient du lien évident entre les investissements dans l’enfance et la future réussite économique. Il ne s’agit pas seulement de « faire ce qu’il y a de bien pour les enfants », mais également de faire ce qui est logique d’un point de vue fiscal pour une nation. Un article récent conclut que des améliorations rapides à la santé des enfants, à leur réussite scolaire et à leur comportement, associées à des bonifications du rôle parental, peuvent susciter des retombées économiques importantes sur le revenu à l’âge adulte (1). Selon un autre article, les troubles de santé en bas âge peuvent constituer d’importants déterminants de la situation socioéconomique à l’âge adulte (2).

D’après les études, le fait d’affronter les principales menaces à la santé des enfants très tôt, y compris l’exposition à la fumée du tabac, les blessures non intentionnelles, les troubles de santé mentale et l’obésité, peut avoir d’importantes retombées économiques à long terme. Pourtant, la société a omis d’adopter une démarche favorisant l’investissement dans la santé des jeunes enfants, malgré son caractère logique et les données probantes sur les bénéfices d’un tel investissement (3).

Les neurosciences nous ont appris toute l’importance des expériences des premières années d’un enfant sur sa santé, ses apprentissages et ses comportements futurs. Ce qui arrive aux enfants pendant cette période peut les orienter vers le parcours d’une vie, pour le meilleur ou pour le pire. Nous devons aux enfants de ne pas rater notre coup.

Selon James Heckman, économiste détenteur d’un prix Nobel, le plus tôt sera le mieux. Monsieur Heckman fait valoir que l’apprentissage précoce donne naissance à l’apprentissage par la suite et que pour certains enfants, il peut être trop tard si on attend qu’ils atteignent l’âge scolaire. Il écrit que la véritable question consiste à savoir comment utiliser les fonds disponibles de manière judicieuse. Les meilleures données probantes soutiennent l’orientation préconisée : investir dans les très jeunes enfants et améliorer l’apprentissage fondamental et les aptitudes de socialisation (4).

Au Canada, malgré un système d’éducation publique solide et un régime d’assurance-maladie universel, les très jeunes enfants sont cruellement négligés en matière de politiques publiques. Notre classement au sein des pays les plus riches témoigne de ces échecs. En effet, le Canada fait piètre figure sur la scène internationale en matière de santé et de bien-être des enfants. Dans un récent rapport (5) sur les milieux de garde, par exemple, le Fonds international des Nations Unies pour le secours de l’enfance a établi des normes minimales pour protéger les enfants pendant leurs années de vulnérabilité et de formation. Seulement six des 25 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques respectaient au moins huit de ces dix normes. Le Canada, ne respectant qu’une norme, arrivait bon dernier.

Des investissements dans des services d’apprentissage et de soins de la petite enfance de qualité pourraient donner des résultats considérables (6). Pourtant, aucun mouvement ne se dessine vers une stratégie nationale de garde à l’enfance au Canada. Judith Maxwell, exprésidente du Conseil économique du Canada, affirme que le gouvernement fédéral devrait prolonger le congé parental jusqu’à deux ans, accroître les prestations payables par l’entremise de la Prestation nationale pour enfants, créer un système national pour surveiller les progrès de l’éducation des enfants de moins de six ans et, dans toutes les provinces, appliquer le système d’éducation publique aux enfants de quatre et cinq ans (7).

Quelle est la solution politique? D’abord, nous avons besoin que le gouvernement s’engage clairement à réaliser un investissement soutenu pour les jeunes enfants. C’est capital. Sans cet investissement, les organisations et les praticiens qui travaillent avec les enfants et pour eux continueront de fonctionner dans un vide gouvernemental, sans les ressources et la volonté politique requises pour faire ce qu’ils savent à la fois juste et nécessaire.

RÉFÉRENCES

1. Brooks-Gunn J, Magnuson K, Waldfogel J. Long-run economic effects of early childhood programs on adult earnings (Executive summary) Partnership for America’s Economic Success. 2009. < www.partnershipforsuccess.org/uploads/20090406_WiscColumExecSummary.pdf> (version à jour le 19 avril 2009).
2. Currie J, Stabile M, Manivong P, Roos LL. Child health and young adult outcomes. Partnership for America’s Economic Success. 2009. < www.partnershipforsuccess.org/docs/researchproject_currie_200903_paper.pdf> (version à jour le 19 avril 2009).
3. Partnership for America’s Economic Success Early childhood health problems and prevention strategies: Costs and benefits. 2008. Issue Brief #3. < www.partnershipforsuccess.org/uploads/200801_HopkinsBriefFINAL.pdf> (version à jour le 19 avril 2009).
4. Heckman J. Invest in the very young Chicago: Ounce of Prevention Fund and the University of Chicago Harris School of Public Policy Studies. 2002.
5. UNICEF . Florence: UNICEF Centre de recherche Innocenti; 2008. La transition en cours dans la garde et l’éducation de l’enfant, Bilan Innocenti 8.
6. Grenier D, Leduc D. Mettons de l’avant une stratégie nationale de garde à l’enfance. Paediatr Child Health. 2009;1:7–8.
7. Maxwell J. Economic downturn increases urgency to invest in children. The Globe and Mail. 2008.

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