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Can Fam Physician. 2007 octobre; 53(10): 1654–1657.
French.
PMCID: PMC2231421

La formation médicale continue est-elle un outil de promotion pharmaceutique?

OUI
Michael A. Steinman, MD
Professeur adjoint de médecine à la Division de gériatrie du San Francisco VA Medical Center et à l’University of California, à San Francisco

Depuis quelques années, la commandite par l’industrie de la formation médicale continue (FMC) s’accroît rapidement et elle représente actuellement près de 65% des recettes totales tirées des programmes de FMC aux États-Unis1,2. Au Canada et aux États-Unis, les directives nationales stipulent que les programmes «independents» doivent maintenir une objectivité scientifique et leur autonomie au chapitre du contenu, et qu’ils ne devraient recevoir de soutien commercial que sous forme de mécanismes de financement sans restriction35. En dépit de la nature techniquement inconditionnelle de tels programmes financés par l’industrie, il reste d’importants conflits d’intérêts, et la possibilité d’une influence commerciale indue persiste toujours6.

Problèmes

Le fait d’inciter financièrement les organisateurs de FMC à créer des programmes favorables aux produits d’une entreprise est le plus importants de ces conflits d’intérêts. Ces conflits se présentent dans les entreprises de formation médicale et de communication (EFMC), dont plusieurs sont à buts lucratifs et sont presque exclusivement financées par les fabricants de médicaments et d’instruments médicaux. Ces EFMC offrent des programmes éducatifs agréés et de nombreux autres services à l’appui d’autres activités de l’industrie, comme l’organisation des conseils consultatifs parrainés par l’industrie ou encore des conseils à l’industrie sur les stratégies et les tactiques de marketing7. La situation présente sans équivoque un conflit d’intérêts puisque la survie et la réussite des filiales de ces entreprises chargées de la formation et du marketing dépendent de la satisfaction de celles qui les financent et qui appuieront leurs futurs programmes.

Malheureusement, des incitatifs semblables influencent les dispensateurs universitaires de FMC. Certaines sociétés de spécialités et dispensateurs de FMC basés dans les universités ont apporté leur aide à des activités potentiellement promotionnelles, comme l’organisation de soupers-conférences et de symposiums satellites parrainés par l’industrie. Même les dispensateurs universitaires de FMC qui n’entretiennent pas de telles relations ne sont pas à l’abri de conflits d’ordre financier. Ces universités reçoivent souvent un soutien considérable de l’industrie pour les activités de FMC: en 2005, les activités de FMC offertes par les facultés de médecine américaines recevaient 60% de leur revenu total de l’industrie, une hausse considérable par rapport à 43% 5 ans plus tôt2. Ces universités comptent aussi beau-coup sur les subventions de l’industrie pour financer la recherche et d’autres activités éducatives8.

Ces connexions créent un enchevêtrement de relations et de dépendance financière qui peuvent influer subtilement mais substantiellement sur l’objectivité de la FMC agréée «indépendante». Les organisateurs d’activités peuvent choisir de présenter des sujets susceptibles de mettre favorablement en évidence les produits du commanditaire, ou de discuter de domaines cliniques émergents dans lesquels le commanditaire tente de pénétrer le marché. De plus, parmi divers experts qualifiés dans un domaine donné, les organisateurs de l’activité peuvent choisir les conférenciers dont on sait qu’ils tons favorables aux produits de l’entreprise commanditaire. L’influence commerciale qui découle de ces décisions n’est pas nécessairement reconnue ni même délibérée, mais elle reflète bien l’effet cumulatif d’influences subtiles et de la dépendance financière qui peut affecter les dispensateurs de FMC même les mieux intentionnés.

Outre les conflits institutionnels, les conférenciers sont aussi aux prises avec leurs propres conflits d’intérêts qui découlent du fait qu’ils reçoivent de l’industrie des subventions à l’éducation ou à la recherche, allant de la participation à des activités commanditées par une entreprise à des services rémunérés au sein de conseils consultatifs ou de bureaux de conférenciers7. Même si la grande majorité de ces conférenciers n’enseignent pas délibérément de manière partiale, les recherches font valoir que les attentes de réciprocité, les relations personnelles et la crainte de nuire aux relations avec les entreprises peuvent dissuader les conférenciers de parler négativement des produits de l’entreprise pour ne pas «mordre la main qui les nourrit»9,10.

Rares sont les études publiées qui évaluent directement la mesure dans laquelle la commandite de la FMC par l’industrie influence le contenu du programme et, par ricochet, le comportement des médecins11. Par ailleurs, des données à cet effet et une récente enquête par le gouvernement américain laissent entendre que l’industrie utilise la FMC à des fins promotionnelles et ce, avec succès12. Plusieurs investigations importantes ont révélé les efforts de l’industrie visant à utiliser les activités éducatives pour augmenter la vente de médicaments7,13. De plus, les sociétés de produits pharmaceutiques évaluent l’efficacité de leurs activités de marketing en fonction des renseignements obtenus des pharmacies sur l’achat des produits prescrits par les médecins14. Il est peu probable que l’industrie verserait des ressources considérables pour la FMC (environ 1 milliard $ [US] par année aux États-Unis) s’il y avait peu de rendement sur le capital investi. Enfin, certains dispensateurs de FMC ont même fait la promotion de leurs propres services de formation en vantant leurs avantages publicitaires. Par exemple, une EFMC a déclaré que la formation médicale était un outil puissant capable de transmettre votre message à des publics cibles et de faire en sorte que ces publics agissent dans l’intérêt de vos produits5.

Solutions

Ces problèmes nécessitent à la fois des solutions à court et à long terme. On pourrait à long terme réduire l’influence commerciale sur la FMC en éliminant la commandite par l’industrie des programmes d’éducation ou en finançant les programmes de FMC à même un fonds général alimenté par l’ensemble de l’industrie dans chaque centre hospitalier universitaire15. En l’absence de tels changements majeurs, les dispensateurs de FMC et les médecins peuvent quand même prendre d’autres mesures pour réduire la partialité potentielle. Les responsables de la FMC peuvent aller audelà des exigences minimales d’agrément et instituer des mécanismes de contrôle de la qualité, comme le refus d’organiser des activités commanditées par une seule entreprise, l’utilisation d’outils d’évaluation du risque pour identifier prospectivement les activités à risque plus élevé de partialité et l’évaluation des partis-pris possibles au moyen d’un questionnaire rempli par les participants, et par l’observation directe des cours à plus haut risque16. Sur le plan individuel, les médecins peuvent minimiser leur exposition à des renseignements potentiellement biaisés en évitant les programmes fortement commandités par une seule entreprise. On peut souvent identifier de tels programmes lorsque des frais d’inscription sont minimes ou qu’ils sont gratuits. Les médecins peuvent aussi être alertés aux facteurs de risque de partialité par la présence de conférenciers qui représentent l’industrie ou y sont étroitement associés, y compris les membres des bureaux de conférenciers de l’industrie.

La formation médicale continue est essentielle pour faire connaître les progrès en médecine et améliorer la qualité des soins que dispensent les médecins à leurs patients. L’intrusion commerciale dans la FMC menace la réalité et la perception de l’objectivité scientifique et des pratiques exemplaires. Il faut des changements substantiels dans la structure et la règlementation de la FMC pour corriger ces problèmes. Entre-temps, chaque médecin doit être conscient de l’intrusion commerciale dans sa FMC et tenter de la minimiser.

Remerciements

Ces travaux ont été réalisés grâce à l’appui d’un Prix de perfectionnement professionnel en recherche décerné par le département américain des Anciens combattants et de la Recherche et du Développement en services de santé.

Notes

CONCLUSIONS FINALES

  • La formation médicale représente une part importante de la stratégie de promotion des entreprises de produits pharmaceutiques pour accroître la vente de leurs produits.
  • De nombreux programmes de formation médicale continue (FMC) sont financés en tout ou en partie par des fabricants de médicaments et d’instruments médicaux.
  • En dépit des divers mécanismes de protection contre l’influence commerciale, les conflits d’intérêts d’ordre financier que vivent les dispensateurs de FMC et les conférenciers peuvent les amener à donner un contenu de cours favorable aux produits du commanditaire.
  • Pour minimiser la partialité en faveur de l’entreprise, les médecins devraient rechercher des programmes de FMC moins commandités par l’industrie et régis plutôt par des mécanismes rigoureux qui atténuent les conflits d’intérêts.

Notes en bas de page

Intérêts concurrents

Dr Steinman a agi à titre de témoin expert non rémunéré dans la cause des États-Unis d’Amérique sur la base d’un rapport de David Franklin contre Pfizer, Inc., et la Division of Warner-Lambert Company de Parke-Davis, dans laquelle il était en partie question d’une allégation que Parke-Davis utilisait des activités de formation pour faire la promotion de la gabapentine (Neurontin). Dr Steinman a aussi participé à la création et à l’élaboration d’archives consultables en ligne concernant la poursuite relative à la gabapentine (http://dida.library.ucsf.edu). Le financement de démarrage pour la production de ces archives provient d’un don versé par Thomas Greene, avocat du plaignant dénonciateur dans cette cause, au Conseil d’administration de l’University of California. Drs Steinman et Baron sont cochercheurs dans le cadre d’une bourse d’études administrée par le Procureur général de l’Oregon, financée au moyen de l’indemnisation versée à la suite de la poursuite mentionnée précédemment. Dr Baron est vice-doyen aux études médicales doctorales et de la formation médicale continue à l’University of California à San Francisco et, à ce titre, il a participé à l’organisation de cours de FMC pour lesquels l’industrie a versé des subventions à l’éducation.

Références

1. Steinbrook R. Commercial support and continuing medical education. N Engl J Med. 2005;352:534–5. [PubMed]
2. Accreditation Council for Continuing Medical Education. ACCME annual report data 2005. Chicago, IL: Accreditation Council for Continuing Medical Education; 2006. [Accédé le 27 août 2007]. Accessible à: http://www.accme.org/dir_docs/doc_upload/9c795f02-c470-4ba3-a491-d288be965eff_uploaddocument.pdf.
3. Canadian Medical Association. Physicians and the pharmaceutical industry (update 2001) Ottawa, ON: Canadian Medical Association; 2001. [Accédé le 2 avril 2007]. Accessible à: http://policybase.cma.ca/dbtw-wpd/PolicyPDF/PD01-10.pdf.
4. What’s wrong with CME? CMAJ. 2004;170:917–919. [Article PMC gratuit] [PubMed]
5. Accreditation Council for Continuing Medical Education. Standards for commercial support. Chicago, IL: Accreditation Council for Continuing Medical Education; 2006. [Accédé le 13 juillet 2006]. Accessible à: http://www.accme.org/dir_docs/doc_upload/68b2902a-fb73-44d1-8725-80a1504e520c_uploaddocument.pdf.
6. Relman AS. Separating continuing medical education from pharmaceutical marketing. JAMA. 2001;285:2009–12. [PubMed]
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Articles from Canadian Family Physician are provided here courtesy of College of Family Physicians of Canada