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Can Fam Physician. 2007 juin; 53(6): 994–997.
French.
PMCID: PMC1949197

Devrait-on offrir aux Canadiens le dépistage systématique du cancer de la prostate?

NON
Michel Labrecque, MD PhD CCFP FCFP
Professeur titulaire au Département de médecine familiale de l’Université Laval au Québec
France Légaré, MD PhD CCFP FCFP
Professeur agrégé au Département de médecine familiale de l’Université Laval et détentrice de la Chaire de recherche du Canada sur l’implantation de la prise de décision partagée en soins primaires
Michel Cauchon, MD CCFP FCFP

Nous nageons en pleine incertitude au sujet du dépistage du cancer de la prostate. Nous transformons des hommes en bonne santé en malades souffrant de cancer (avec tout ce que ceci implique) sans avoir la preuve que cette intervention leur sauvera la vie.1 Même les organismes qui se font les champions du dépistage du cancer de la prostate comme la American Cancer Society le reconnaissent. Ils diffusent des messages ambigus faisant à la fois la promotion de la détection précoce tout en ne recommandant pas le dépistage systématique. Mais pour nos patients, détection précoce et dépistage systématique sont une seule et même chose1: une prise de sang et un examen pour le moins inconfortable!

Dans ce contexte d’incertitude, les positions fermes sur le dépistage du cancer de la prostate deviennent indéfendables et les décisions reposent autant sur les valeurs que sur les faits. Le courant actuel est de favoriser un processus décisionnel conjoint entre le patient et son médecin. Voici les informations qui doivent être communiquées aux patients intéressés par ce dépistage.

Le message

Vous avez 60 ans. Selon les statistiques canadiennes, parmi 100 hommes de votre âge, environ 6 auront un cancer de la prostate détecté au cours des 10 prochaines années. Sur ces 6, 1 ou 2 vont en mourir alors que 4 ou 5 décéderont d’autres causes.2

Vous devez savoir que parmi 100 hommes de votre âge, environ 60 ont des tumeurs de la prostate (Figure 1).3,4 La grande majorité de ces tumeurs sont microscopiques et ne donneront jamais de problème. Chez quelques hommes, certaines grossiront et donneront des problèmes, mais il est impossible de les distinguer. C’est pourquoi certains recommandent d’identifier celles qui sont détectables à l’aide d’une prise de sang (antigène prostatique spécifique [APS]) et un toucher rectal (TR). L’APS permet de trouver des tumeurs de la prostate plus petites que celles trouvées une fois que des symptômes se manifestent.

Figure 1
Résultats du dépistage initial du cancer de la prostate avec APS et TR et des traitements du cancer de la prostate localisé chez 100 hommes

Parmi 100 hommes qui subissent les tests pour la première fois (sensibilité 87% spécificité 80%,1,5 prévalence [de tumeurs détectables] 3%5,6), 22 auront besoin d’un autre test: une échographie de la prostate faite avec une sonde dans le rectum pour prélever avec une aiguille de petits morceaux de la prostate.

Parmi ces 22 hommes, 3 auront un cancer détecté. Quand les cancers sont petits et confinés à la prostate, ce qui arrive le plus souvent, nous n’avons pas vraiment de moyens fiables pour distinguer lesquels menacent vraiment la vie. On peut tenter d’estimer ce risque en regardant au microscope l’apparence des cellules des morceaux prélevés, mais la réponse la plus certaine ne vient que lorsqu’on a enlevé toute laprostate.

Quant aux 19 autres hommes, on ne sait pas trop. Ils ont pour la plupart une prostate plus grosse, ce qui explique le résultat anormal de l’APS. Mais cela ne veut pas dire qu’ils n’ont pas le cancer. Si on répète la biopsie, un cancer sera détecté chez 4 de ceuxci.7 Chez les 15 autres, comme chez les 78 qui ont eu un APS et un TR normaux, il est possible qu’un cancer apparaisse ou grossisse et soit détectable un jour. C’est pourquoi certains médecins suggèrent de refaire les tests à chaque année.

Si on vous trouve un cancer limité à la prostate, vous aurez alors 3 choix: faire enlever votre prostate, choisir la radiothérapie ou attendre que la tumeur grossisse. On pourrait également vous recommander de prendre des hormones. Voyons ce qui arrive aux hommes de 65 ans, ayant une tumeur localisée.8

Après 10 ans, parmi 100 hommes qu’on a opéré, 10 seront décédés du cancer de la prostate et 17 d’autres causes. Parmi 100 qui auront préféré attendre, 15 mourront du cancer de la prostate et 17 d’autres causes. Parmi les 100 qui auront choisi d’être opérés, 80 seront devenus impuissants tandis que 14 devront porter une couche pour des pertes d’urine tandis que parmi ceux qui auront préféré attendre, 45 deviendront impuissants et 1 seul devra porter une couche.9 Chez les hommes traités par radiothérapie, la mortalité et les risques d’effets indésirables seraient situés entre ceux des hommes qui se font opérer et de ceux qui attendent.10

En ce qui concerne les tumeurs découvertes avec des tests faits chez des hommes en bonne santé, nous ne savons pas si la détection précoce du cancer allonge la vie. En 2008, les résultats de 2 études qui évaluent spécifiquement le dépistage devraient nous donner cette information. Pour l’instant, la seule chose bien connue est la fréquence des problèmes provoqués par les traitements.

Conclusion

Il ne fait aucun doute que la façon dont nous présentons les risques et les bénéfices associés au dépistage du cancer de la prostate influence la décision du patient. Les hommes qui utilisent des outils d’aide à la décision sont moins enclins à se soumettre au dépistage.11,12 Compte tenu des incertitudes importantes entourant le dépistage, de la somme des informations à communiquer et de la réflexion que le patient doit faire sur ce qu’il considère être le plus important pour lui, le dépistage systématique est à proscrire et le recours à des outils d’aide à la décision qui illustrent graphiquement les risques et les bénéfices13 est impératif.

Remerciements

Nous remercions le docteur Fernand Turcotte pour ses commentaires judicieux et pour avoir traduit l’excellent livre du docteur H. Gilbert Welch, Dois-je me faire tester pour le cancer? Peut-être pas et voici pourquoi.14

Notes

POINTS DE REPÈRE

  • La majorité des hommes qui ont une tumeur de la prostate vont mourir d’une autre cause que le cancer de la prostate.
  • Il n’existe aucun méthode fiable pour distinguer parmi les tumeurs dépistées celles qui nécessiteraient un traitement de celles qui n’en nécessiteraient pas (et qu’il aurait probablement mieux valu ne jamais chercher … et trouver).
  • Il n’existe actuellement aucune preuve que le dépistage du cancer de la prostate puisse sauver des vies.
  • Des outils d’aide à la décision aident les hommes faire un choix qui reposent à la fois sur les données les plus probantes et sur leurs propres valeurs.

Références

1. Meyer F, Fradet Y. Prostate cancer: 4. Screening. CMAJ. 1998;159:968–72. [Article PMC gratuit] [PubMed]
2. Société canadienne du cancer, Institut national du cancer du Canada, Statistique Canada, Registres du cancer des provinces et des territoires, Agence de santé publique du Canada. Statistiques canadiennes sur le cancer 2007. Ottawa, Ont: Institut national du cancer du Canada; 2007. [Accessed 2007 May 3]. Available from: http://www.ncic.cancer.ca/vgn/images/portal/cit_86755361/21/39/1835950433cw_2007stats_fr.pdf.
3. Montie JE, Wood DP, Jr, Pontes JE, Boyett JM, Levin HS. Adenocarcinoma of the prostate in cystoprostatectomy specimens removed for bladder cancer. Cancer. 1989;63(2):381–5. [PubMed]
4. Sakr WA, Grignon DJ, Haas GP, Heilbrun LK, Pontes JE, Crissman JD. Age and racial distribution of prostatic intraepithelial neoplasia. Eur Urol. 1996;30(2):138–44. [PubMed]
5. Mistry K, Cable G. Meta-analysis of prostate-specific antigen and digital rectal examination as screening tests for prostate carcinoma. J Am Board Fam Pract. 2003;16(2):95–101. [PubMed]
6. Andriole GL, Levin DL, Crawford ED, Gelmann EP, Pinsky PF, Chia D, et al. Prostate cancer screening in the Prostate, Lung, Colorectal and Ovarian (PLCO) Cancer Screening Trial: findings from the initial screening round of a randomized trial. J Natl Cancer Inst. 2005;97(6):433–8. [PubMed]
7. Roobol MJ, van der Cruijsen IW, Schroder FH. No reason for immediate repeat sextant biopsy after negative initial sextant biopsy in men with PSA level of 4.0 ng/mL or greater (ERSPC, Rotterdam) Urology. 2004;63(5):892–7. discussion 897–9. [PubMed]
8. Bill-Axelson A, Holmberg L, Ruutu M, Haggman M, Andersson SO, Bratell S, et al. Radical prostatectomy versus watchful waiting in early prostate cancer. N Engl J Med. 2005;352(19):1977–84. [PubMed]
9. Steineck G, Helgesen F, Adolfsson J, Dickman PW, Johansson JE, Norlen BJ, et al. Quality of life after radical prostatectomy or watchful waiting. N Engl J Med. 2002;347(11):790–6. [PubMed]
10. Warde P, Catton C, Gospodarowicz MK. Prostate cancer: 7. Radiation therapy for localized disease. CMAJ. 1998;159:1381–8. [Article PMC gratuit] [PubMed]
11. Frosch DL, Kaplan RM, Felitti V. The evaluation of two methods to facilitate shared decision-making for men considering the prostate-specific antigen test. J Gen Intern Med. 2001;16(6):391–8. [Article PMC gratuit] [PubMed]
12. Evans R, Edwards A, Brett J, Bradburn M, Watson E, Austoker J, et al. Reduction in uptake of PSA tests following decision aids: systematic review of current aids and their evaluations. Patient Educ Couns. 2005;58(1):13–26. [PubMed]
13. Institut de recherche en santé d’Ottawa. Outils de prise de décision pour les patients. Ottawa, Ont: Institut de recherche en santé d’Ottawa; 1999. [Accessed 2007 May 3.à]. Available from: http://decisionaid.ohri.ca/francais/index.html.
14. Welch HG. Dois-je me faire tester pour le cancer? Peut-être pas et voici pourquoi. Québec, Qué: Les Presses de l’Université Laval; 2005.

Articles from Canadian Family Physician are provided here courtesy of College of Family Physicians of Canada